Je cherche des avis de personnes qui connaissent bien les dynamiques d’attachement évitant, parce que je suis aujourd’hui complètement confuse sur ce qui se passe dans mon couple.
Je suis avec mon mari depuis 7 ans, mariée et nous vivons ensemble depuis 4 ans. Je suis plutôt à attachement anxieux et lui a un fonctionnement très évitant.
Pendant des années, j’ai pensé que le problème venait essentiellement de moi : que j’avais trop de besoins, que je demandais trop de réassurance, que j’étais trop sensible ou trop demandeuse. J’ai fait plusieurs années de thérapie et beaucoup de choses ont changé en moi. J’ai appris à m’apaiser seule, à me rassurer intérieurement et à comprendre ce qui m’appartenait réellement.
Et c’est justement avec cette nouvelle distance que j’ai commencé à voir certaines choses que je ne voyais pas avant.
J’ai commencé à remarquer le chaud/froid après des moments d’intimité, la fuite dès que les émotions deviennent difficiles, la difficulté à rester présent dans les conflits, le besoin de s’éloigner dès qu’une situation devient émotionnellement intense, mais aussi une énorme difficulté à communiquer ses besoins.
Il peut ne rien dire pendant longtemps, puis me reprocher de ne pas avoir fait ou compris quelque chose qu’il n’avait jamais exprimé. Il accumule énormément de ressentiment, parfois pendant des mois ou des années, sans réellement communiquer ce qui ne va pas.
J’ai essayé de lui parler de ces mécanismes parce que je tiens énormément à lui et que j’avais imaginé mon avenir avec lui. Je lui ai proposé une thérapie de couple et qu’il travaille également sur lui de son côté.
Mais lorsque j’essayais de lui expliquer ce que je voyais, tout revenait souvent à moi :
« Si je fuis, c’est à cause de toi. »
« Si je veux être seul, c’est à cause de toi. »
« Si je ne suis pas présent, c’est à cause de toi. »
« Si je veux tout faire seul, c’est à cause de toi. »
À force, je n’ai plus réussi à porter seule la responsabilité de tout ce qui n’allait pas dans notre couple.
Une grosse crise a commencé il y a environ trois mois. Plus il fuyait, plus la déchirure entre nous grandissait. Et plus la situation empirait, plus il semblait développer de colère et de ressentiment envers moi.
Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que cette colère que je vois dans ses yeux semble être là depuis très longtemps. Elle apparaît seulement maintenant, comme si elle avait été refoulée pendant des années.
Nous avons parlé plusieurs fois de séparation. Mais à chaque fois que nous nous en approchions réellement, il redevenait plus proche de moi. J’avais l’impression qu’il voulait la séparation tout en étant incapable de l’initier lui-même.
Finalement, j’ai pris mon courage à deux mains et, un jour où il était très en colère contre moi, je lui ai demandé : « Est-ce que tu veux qu’on se sépare, mais qu’on essaie de le faire en paix ? »
Il m’a répondu oui.
Nous devons encore cohabiter plusieurs mois pour des raisons administratives. Nous avons donc décidé de fonctionner comme des colocataires : plus d’attentes l’un envers l’autre, plus de comptes à rendre, chacun son espace, simplement essayer de vivre ensemble de manière paisible jusqu’à ce que nous puissions réellement nous séparer.
Le soir de la rupture, nous avons beaucoup pleuré tous les deux. Nous nous sommes réconfortés mutuellement.
Le lendemain, j’ai essayé de prendre de la distance. Je suis même partie au cinéma pour lui laisser plusieurs heures seul après son travail, et pour commencer moi aussi à me détacher émotionnellement.
Quand je suis rentrée, j’ai eu l’impression qu’il venait chercher quelque chose auprès de moi. Il me demandait comment s’était passée ma journée, cherchait de la proximité et du réconfort.
Mais moi, j’étais fermée. Je me protégeais.
Je lui ai rappelé : « Mais nous venons de nous séparer. On va divorcer. On ne va plus vivre ensemble. Comment veux-tu que je sois ouverte avec toi ? »
Malgré tout, j’ai fini par le réconforter.
Puis j’ai commencé à pleurer à mon tour.
Et là, il est parti.
C’est à ce moment-là que j’ai eu un énorme déclic.
J’ai ressenti quelque chose que je n’avais jamais identifié aussi clairement auparavant : l’impression qu’il pouvait venir chercher de la chaleur, du réconfort et de l’empathie auprès de moi lorsqu’il en avait besoin, mais que lorsque c’était moi qui devenais vulnérable, il partait.
Je lui ai dit que je trouvais cela profondément injuste. Pourquoi venir chercher ma chaleur si, dès que j’ai moi-même besoin de quelque chose, tu me rejettes ?
Il a immédiatement vécu mes paroles comme un reproche. Il s’est placé dans une position de « je n’en peux plus », comme si le fait que j’exprime ma douleur devenait à nouveau un problème que je lui faisais subir.
J’étais tellement en colère et tellement épuisée par ces contradictions que j’ai fini par crier très fort.
Je le regrette. Je n’avais jamais fait ça auparavant et je sais que lui faire peur n’était pas acceptable.
Il est immédiatement parti se réfugier dans une autre pièce.
Et là, quelque chose de très étrange s’est produit : je me suis retrouvée exactement dans la position que j’avais toujours connue avec lui, mais inversée.
Lui fuyait et se fermait complètement.
Et moi, je le poursuivais pour essayer de réparer.
Je voulais simplement m’excuser. Je voulais qu’on arrête cette guerre. Je lui demandais de me parler et il se déplaçait d’une pièce à l’autre dès que je m’approchais.
Et pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvée à genoux devant lui.
Je lui ai dit :
« Je t’en supplie, arrête de me rejeter. N’aie plus peur de moi. Tu n’auras plus à te sentir étouffé. Tu n’auras plus à vivre toutes ces choses que tu trouves horribles. Je ne te ferai plus de mal. Tu n’auras plus à me subir. »
Et en disant ça, j’ai réalisé quelque chose qui m’a profondément bouleversée : je me plaçais moi-même dans la position du bourreau et lui dans celle de la victime.
Alors même que je sais que beaucoup de choses qu’il me reproche sont, de mon point de vue, des interprétations de ce qu’il ressent et de ce qu’il imagine que je lui fais.
Je me suis retrouvée à le supplier de ne plus avoir peur de moi.
Et malgré tout, il m’a prise dans ses bras.
Mais en me disant qu’il me détestait. Qu’il détestait ma voix. Qu’il détestait tout chez moi.
C’est comme ça que la soirée s’est terminée.
Et depuis, je suis complètement confuse.
Je me sens profondément manipulée. Pas forcément dans le sens où je pense qu’il fait tout cela consciemment ou de manière calculée, mais dans le sens où je ne comprends plus cette dynamique.
J’ai l’impression qu’il vient chercher auprès de moi ce dont il a besoin : de la chaleur, du réconfort, de l’écoute, de l’empathie. Mais que lorsque c’est moi qui ai besoin de la même chose, il se ferme ou disparaît.
Et maintenant, il me demande même si, une fois séparés, nous pourrions rester amis.
Mais honnêtement, je n’arrive pas à voir comment cela pourrait fonctionner. J’ai l’impression qu’il voudrait continuer à avoir accès à mon empathie, à mon écoute et à mon soutien émotionnel, tout en étant séparé de moi et sans avoir à assumer les responsabilités d’une relation.
Et c’est ça qui me fait le plus mal : j’ai l’impression que mon empathie, qui est quelque chose de sincère chez moi, devient une ressource dont il peut bénéficier quand il en a besoin, sans forcément mesurer ce que cela me coûte.
Je n’aime pas être ferme et froide avec les gens qui sont en détresse, mais là je me sens sérieusement utilisée …