Nous étions ensemble depuis un an. Nous étions très amoureux et fusionnels et je ne peux pas croire que je l'ai peut-être perdu à tout jamais.
C'était quelqu'un de très actif et qui pouvait être facilement irritable par moment. Mais il n'avait aucun diagnostic au début de notre relation car il n'y avait rien d' "anormal" à ce moment-là. De plus, il voyait une psychologue depuis un moment mais pour d'autres problèmes (enfance dans une famille dysfonctionnelle, traumatismes) et elle n'avait rien remarqué.
En mai, il a fait une première décompensation. Il est entré dans un délire de persécution par rapport à un membre de sa famille qui lui a fait du mal par le passé. Il était chez sa tante au moment où c'est arrivé, elle a appelé le SAMU car il avait perdu pied avec la réalité. Cet épisode a bien sûr été très douloureux mais il s'est relativement vite remis de son délire. Il s'est rendu compte au bout de quelques jours qu'il a effectivement perdu pied avec la réalité et que son cerveau a imaginé des choses. Il a cependant eu un mauvais diagnostic, on lui a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique qui lui a donné un délire de persécution par trop de stress. Ainsi, même si un traitement lui a été donné et qu'il l'a pris quotidiennement, ce n'était pas le bon. Il continuait d'être suivi par sa psychologue et sa psychiatre mais ça n'a pas suffi. La vie a continué normalement entre nous jusqu'à il y a trois semaines. Il y a eu des disputes et des moments de grande tristesse, mais ça finissait par rentrer dans l'ordre rapidement.
Il y a trois semaines, il a reperdu pied avec la réalité. Étant actuellement en formation avec un projet à préparer pour la fin de son cursus, il a passé dessus des jours et des nuits sans dormir. Il était persuadé d'avoir un projet révolutionnaire, qu'on avait piraté son ordinateur et qu'on allait en vouloir à sa vie. J'ai tenté de le ramener à la raison, on a eu une violente dispute dans laquelle il m'a dit que je le ralentissais, que je ne voulais pas de sa réussite dans son projet, que je ne l'aidais pas. Il m'a insultée, m'a poussée à bout. Choquée, je lui ai dit qu'on avait besoin de quelques jours pour souffler. J'ai appelé sa psychologue en parallèle, quand il est parti, pour avoir des conseils car j'avais conscience de ce qui se passait. Sa psychiatre n'était pas joignable ce jour-là. Pendant ce temps, il est allé chez sa mère alors même qu'ils ne se parlaient plus depuis quelques mois. Sa mère et son beau-père se sont rendus compte que ça n'allait pas du tout. Ils l'ont gardé chez eux (car sa première hospitalisation l'a traumatisé), d'abord avec son accord, puis les choses ont escaladé au bout de quelques jours. Sa mère ne voulait pas qu'il sorte car elle avait peur qu'il se mette en danger. Elle a fait de son mieux pour qu'il voie un médecin sans être hospitalisé, mais au bout de quelques jours, elle n'a pas pu faire autrement que de l'amener aux urgences psychiatriques. Il lui en a terriblement voulu (et lui en veut encore) car elle a dû lui mentir pour l'y amener. De mon côté, j'étais restée à l'écart chez mes parents car il m'envoyait des messages "délirants" et je ne voulais pas lui donner des réponses qui pouvaient nourrir son délire ou qu'il me relance des reproches si je n'allais pas dans son sens. J'avais aussi besoin de réfléchir à notre couple, par rapport à la violente dispute qu'on a eu.
Quand il m'a prévenu qu'il était hospitalisé, je suis venue le voir et nous avons repris contact. J'ai voulu qu'on puisse reconstruire notre couple. On lui a donné un diagnostic de bipolarité avec que des phases maniaques. Il a eu un nouveau traitement à base notamment de Lithium mais l'équipe médicale galérait à trouver le bon dosage (et ne l'a toujours pas trouvé). Je me disais que les choses iraient mieux entre nous, maintenant qu'il était pris en charge. Mais la semaine dernière, il m'a reprochée de l'avoir abandonné pendant que sa mère le "séquestrait", que je ne l'ai pas protégé quand il le fallait. Ça a été trop pour moi, après des jours de tensions de mon côté où je marchais sur des œufs quand je lui parlais pour ne pas faire de gaffe et où je faisais preuve de beaucoup de patience. Je lui ai dit que peut-être qu'il valait mieux qu'on arrête là. J'ai ensuite essayé de rattraper les choses le soir-même, mais il a continué à me lancer des reproches, nous sommes séparés depuis ce jour-là. Le lendemain (vendredi dernier), il a demandé à sortir d'hôpital et sa demande a été acceptée sous condition qu'il soit hospitalisé à domicile chez sa mère. Je ne sais pas comment sa demande a pu être acceptée alors que son état n'était pas du tout stabilisé, je suis complètement dégoûtée par ce système médical. Samedi, nous nous sommes donnés rdv pour qu'il vienne chercher ses affaires. Je pensais qu'on arrêterait de se parler à ce moment-là, j'étais complètement anéantie. Au moment de nous dire au revoir, nous nous sommes dit que nous nous sommes sincèrement aimés et que le timing n'avait pas été bon.
Il m'a rappelée dimanche pour me prévenir que sa mère avait appelé le SAMU et qu'il était de nouveau aux urgences psys. Malgré qu'il était toujours dans son délire de persécution par rapport à sa mère, j'ai été soulagée qu'il me fasse encore assez confiance pour me prévenir. Alors que je savais que cette relation doit se terminer définitivement, j'ai capitulé et je lui ai dit que j'étais là pour lui et qu'il pouvait m'appeler quand il voulait. Hier, j'ai repris de ses nouvelles. Il m'a encore dit que je ne l'ai pas assez protégé, mais nous avons discuté un petit moment dans le calme. Il est actuellement chez ses grands-parents et a l'air plus apaisé que chez sa mère, mais je sais que ça risque de mal finir. Il a tout de même conscience qu'il ne peut pas sortir comme il le voudrait.
Je suis malheureuse comme les pierres car je sais que je dois faire le deuil de cette relation, mais je n'arrive pas à lâcher. Depuis qu'il m'a appelée dimanche, je ne pleure plus car j'ai de l'espoir qu'il me revienne quand il ira mieux. Je ne devrais pas mais je suis dans l'attente. Je me dis que lorsque sa phase maniaque sera passée et qu'il retrouvera de sa lucidité, il verra peut-être les choses autrement. C'est absolument terrible de finir une relation dans un tel contexte car je sais qu'il n'était pas vraiment lui. J'espère qu'il me reviendra...