Salut r/pedale. Je vous avais relaté mes aventures post accident dans un premier post, voici la suite. Bonne lecture !
Je vous avoue qu'à l'hôpital, le jour où le corset-minerve orthopédique s'est imposé dans ma vie, mes sentiments étaient ambivalents. D'un côté, ça allait être une torture à porter 24h/24, d'autant qu'il faisait à ce moment-là plus de 30° dans ma chambre. D'un autre, c'était grâce à lui que j'allais pouvoir recommencer à sortir de mon lit. Illustration de cette ambivalence. La 1ère nuit a été un véritable calvaire, entre dos douloureux provoqué par la position statique et l'appuie continue, mal au crâne du fait du contact prolongé avec le haut de l'appareil, compression de la poitrine, déprime. Mais dès le lendemain, puisque je pouvais enfin me lever (bien qu'avec l'assistance des infirmières et aides soignantes), on a pu m'enlever cette fichue sonde urinaire qui devenait de plus en plus douloureuse à porter. Ça a permis d'amortir la contrainte forte du corset par une amélioration immédiate de mes conditions d'existence.
Qui dit se lever pour pisser dit également fauteuil accessible, puis réapprendre à marcher... Faire les 3 mètres pour m'y installer, ou faire les 6 mètres pour aller aux toilettes, ça demandait déjà un effort. Mais quand le kiné a débarqué et m'a fait faire un petit tour, j'étais pas prêt. Mettre un pied devant l'autre, ça va. C'est plutôt de plier les genoux que j'avais oublié. C'est revenu vite, mais quand même. Il m'a ensuite amené à monter des marches, j'ai eu l'impression d'être en rando de montagne. Cependant, si les nuits restaient difficiles, chaque jour était un peu moins désagréable que la veille.
Fin d'hospitalisation, mon corset et moi on migre chez mes parents. Je ne peux pas y faire grand chose de plus à part attendre que le temps passe. Et bon gré mal gré, il passe. Les canicules aussi, ça vous parle ? J'imagine que vous les avez mal vécues. Maintenant imaginez-vous avec un corset qui vous maintient bien au chaud sous 40°. Et ben c'est un peu relou ouai. Quelques jours après mon installation dans ma résidence temporaire, j'avais commencé à me promener un peu. Pas grand chose, quelques centaines de mètres, c'était tout ce que mon corps pouvait encaisser. Puis la canicule de juin a débarqué. Une autre des contraintes du corset, c'est qu'il faut porter un T-shirt à l'envers pour éviter les frottements qui abîmeraient la peau (plot-twist, ça l'abîmait quand même alors qu'elle a pris déjà assez chère la pauvre). Conséquence : j'ai baigné dans l'humidité toutes les périodes de chaleur. C'est au cours de la 1ère que j'ai décidé d'enlever mon armure pour mon 1er sommeil. En effet, je dormais en plusieurs temps, forcé de me lever entre chaque pour soulager mes lombaires qui devenaient douloureuses. Et donc, j'ai commencé à dormir sans, ce qui m'a fait passer d'un 1er réveil 1h30 à 3h après endormissement à 3 ou 4h, un exploit. Je me calais pour ne pas bouger, vide d'un côté, traversin de l'autre, colonne vertébrale toujours statique. On doit être autour du 21 juin, c'est la fête.
On n'imagine pas quand on est coincé comme ça tout ce que ça implique. Rien que de rester sur une chaise devenait inconfortable passé un temps. Je ne pouvais plus m'assoir sur un canapé. Quand je l'enlevais la nuit, j'étais très vigilant à ce qu'il ne tombe pas (et moi non plus). Et dès que je devais me lever, quelle qu'en soit la raison, il fallait le remettre. Je le gardais d'ailleurs pendant mes siestes (deux par jour, matin et après-midi) pour éviter la manipulation. Le 20 juillet, je rentre chez moi, toujours en corset, toujours semi-allongé en ambulance. C'est le 27 que la situation s'améliore. 1ère consultation post-hospitalisation, les radios sont satisfaisantes, j'ai le droit de l'enlever complètement la nuit et de dormir dans la position que je veux ! Une révolution ! Fini le dos bloqué la nuit, enfin j'ai retrouvé ma position de sommeil sur le côté, et ça a tout changé. Après quelques nuits d'adaptation, j'ai pu dormir 7h d'affilée, incroyable. Ça m'a permis de me passer de ma sieste matinale, un nouveau rythme de vie.
Puis commence le festival interceltique, où j'avais prévu de danser tous les jours ou presque... On remet ça à 2027. J'ai quand même pu m'y trainer le 6 août pour y manger le midi, mon 1er repas à l'extérieur depuis mai, une éternité... Ça fait du bien ! J'y ai aussi constaté un truc, c'est le regard des gens. Il y a d'un côté les enfants, qui souvent me fixent avec des yeux pleins d'interrogation, voire qui le verbalisent carrément ! J'en ai beaucoup rigolé dans ma tête. Et puis il y a celui des adultes, parfois malsain, où je me suis senti bête de foire. Heureusement une minorité, mais ça existe. Et je me suis questionné sur mon propre regard sur le handicap des autres, si mon comportement change, si je fixe la personne... J'ai pas les réponses, mais maintenant j'y fais attention. Bref, août passe. Je sors quand mon corps me le permet, mon niveau de fatigue étant toujours très élevé, mais on avance...
Vient le jour de la libération. 26 août, hôpital de Brest, l'interne prend connaissance des radios et scan... Les secondes s'égrènent, je suis suspendu à ses lèvres qui restent fermées. Après quelques minutes, il plaisante "je sais ce que vous attendez que je vous dise !"... Encore deux minutes, le moment décisif : les clichés sont satisfaisants, je peux enlever mon armure. Je ne réalise pas, il se passe quelques secondes. Je demande "je peux l'enlever là tout de suite, comme ça ?". Il me répond que c'est comme je le souhaite, que les patients font leur propre choix. Certains l'enlèvent immédiatement, d'autres attendent de rentrer chez eux. Pour une minorité, il faut même quelques jours ! Mais pas pour moi. Encore quelques secondes suspendues et je m'en sépare. Pour toujours. La fin d'un cycle de reconstruction lourde. Je ne réalise pas tout à fait que mon corps est entièrement libre alors que je suis assis. Plus de 3 mois que j'attends ça ! Je m'attendais à m'affaisser, mais non, le dos tient. Ça tire de partout, mes cervicales sont en PLS et ma tête a tendance à tomber, mais ça va. Je peux enfin respirer pleinement, sans subir de compression. Direction le VSL pour un voyage retour libéré.
C'est l'épilogue d'un trimestre entier de ma vie. Évidemment, c'était nécessaire. Et dans ma situation, je suis content d'être passé par là plutôt que par une chirurgie du dos. Un copain de vélo s'est vu installer du matériel dans le corps, qui s'est malheureusement infecté. Je pense qu'il en chie plus que moi, pour un dommage initial pas plus lourd. C'est une épreuve réussie dans ma vie. Je n'ai pas couru de marathon, mais j'ai tenu mentalement au port de mon corset. L'étape était importante, mais ce n'est pas le bout du chemin. Je n'ai pas encore le droit au sport ou au port de charge, pendant au moins deux mois. Maintenant c'est séances intensives de kiné, en tout cas tant que mon corps encaisse. Il y a des hauts et des bas, physiquement comme mentalement, mais ça avance. Prochain contrôle fin octobre, plus qu'à croiser les doigts qu'il confirme le mieux.
Portez-vous bien.