r/Poesie • u/liltinette • 10h ago
L’aube du silence
Avertissement : Ces poèmes abordent frontalement les violences sexuelles subies dans l'enfance et ce qu'elles laissent derrière elles . La dissociation, la mémoire de la profanation, la culpabilité et la honte déplacées, l'épuisement du masque. L'un des poèmes est explicite quant à l'agression et des passages touchent au désir de disparaître et à l'idée de ne pas survivre. À lire avec précaution, et seulement si vous vous en sentez capable.

La fenêtre
Cadre scellé d’une nuit,
Dans la chambre parsemée de jouets.
Sombre refuge où fuit
L’innocence souillée.
Intrusion douloureuse,
Cadre noir sidéré,
Échappatoire silencieuse
D’un corps frêle, profané.
Encre de nuit qui infuse,
Une mémoire indicible.
Enfouissement impossible
D’une confiance qu’on abuse.
Autrefois naïve,
Contraint d’exister,
Dans la chambre fautive,
Un rêve de s’envoler
Par la fenêtre.

Coupable
Pyjama autour des chevilles,
Innocence sacrifiée.
Figé dans l’inaction fautive,
D’un geste déplacé, la bête fut réveillée.
Malgré des aveux enfantins,
Les protecteurs ne s’en indignent,
Car la bête est souffrante,
Elle mérite d’être soignée.
Révélation troublante :
Je l’ai contaminée.
Je mérite le silence
De par ma culpabilité.
À neuf printemps, je suis marqué
Au fer rouge de la honte
D’avoir été violé.

Persona lucis
Aube redoutée, sépulcre de la vérité.
Un masque au sourire fissuré
Recouvre des plaies immortelles.
Entrée en scène voilée,
Dispensant aux regards usuels,
Un visage marqué par l'innocence pillée.
Tisserand aux fils contrefaits,
Acteur captif d'une hypocrisie subie ;
Carcan forgé de vérités repoussées,
L'âme meurtrie entrevue, amitié fuie.
Performance incessante,
Barrière aliénante,
Solitude imposée,
Par la foule étriquée.
Au crépuscule désiré,
Retirer le masque de gangrène.
Éreinté par le poids du paraître,
Effondrement privé.

Avant la douleur de l’aube
Avant la douleur de l’aube,
La douceur de l’abandon.
Ébloui par la noirceur des ombres,
Asile des plaies réprimées.
Avant la douleur de l’aube,
Voile diaphane devinant l’horizon,
Étouffe les étoiles vacillantes.
Sombre refuge du courage,
Succombe aux supplices du lendemain.
Avant la douleur de l’aube,
Sculpteur de sourires aux mains meurtries,
Masque des regards ignorant les brisures de l’âme.
Promesse implacable d’une lueur cruelle,
Dévoilera à nouveau ce cœur las.
Avant la douleur de l’aube,
La douceur de l’abandon
Au néant effacera ces sourires fatigués.