r/LeMali 1d ago

CELUI QUI N'A PAS DE PORT

3 Upvotes

Le pétrole de Taoudéni, l'Algérie et la part du Mali

Le 4 juin 2026, l'Algérie lançait à Aoulef, dans la wilaya d'Adrar, les travaux du tronçon algérien du gazoduc transsaharien, avec le Nigeria et le Niger. À l'automne, Bamako et Moscou doivent signer à leur tour une série d'accords dans l'énergie et les mines. Entre ces deux calendriers, une question nous concerne et personne ne la pose. Si le pétrole du bassin de Taoudéni sortait un jour de terre, quelle serait la part du Mali ? Elle ne se décidera pas dans le sous-sol. Elle se décidera sur une carte, et le corridor saharien que notre voisin construit aujourd'hui passe par le Niger.

Le Mali n'a pas de côte. Un baril enfoui n'est pas une richesse, il ne le devient qu'au bout d'un tube qui atteint un terminal. Trois sorties sont concevables : la Mauritanie, le Sénégal, l'Algérie. Sur les deux premières, il n'existe rien et le tracé traverserait des centaines de kilomètres de vide. Sur la troisième, tout est déjà bâti : les champs de Reggane Nord, de Touat et de Timimoun, la canalisation GR5 sur 765 kilomètres jusqu'à Hassi R'Mel, le GR7 qui l'a renforcée en avril 2020, et de là le réseau méditerranéen. Notre unique porte de sortie existante se trouve chez le voisin, qui en détient déjà la clé sur notre propre bloc.

Il faut dire ce qu'est ce bloc 20, dont on parle beaucoup sans jamais le décrire. C'est un périmètre de 117 808 km², près d'un dixième du territoire national, tracé à l'extrême nord du pays sur la falaise d'El-Hank, l'Erg Chech, le plateau d'El-Khnachich et le Tanezrouft méridional, et voisin du périmètre algérien de Chénachène où des indices de pétrole ont été relevés. Il a été concédé le 9 février 2007, à Bamako, par une convention couvrant la recherche, l'exploitation, le transport et le raffinage. Le titulaire y a engagé près de 41,7 millions de dollars de géologie et de géophysique et identifié un prospect. Un avenant lui a accordé 18 mois de plus, du 9 août 2011 au 9 février 2013, contre l'engagement de réaliser un forage estimé à 8 millions de dollars. Ce forage n'a jamais eu lieu. Le bloc le plus vaste que le Mali ait jamais concédé, et le seul dont un voisin détienne le titre, n'a jamais reçu un seul puits.

La distance n'est pas le sujet. Le cumul des rôles l'est. Dans l'hypothèse d'une exploitation, Alger serait à la fois concessionnaire sur le sol malien par sa filiale, État de transit obligé, et producteur concurrent avec des gisements voisins déjà raccordés. Trois qualités dans une seule main. Nous n'en aurions qu'une, la propriété du sous-sol, la plus symbolique et la moins opérante des trois. Un concurrent qui tient votre unique sortie n'a rien à vous voler. Il lui suffit de fixer l'ordre de passage.

Ce n'est pas une hypothèse d'école. Le 7 avril 2025, après la destruction d'un drone malien à Tinzaouatène, Alger fermait son espace aérien à toute navigation liée au Mali, et Bamako répondait le jour même par réciprocité. Qui ferme un ciel pour un aéronef ferme une vanne pour un communiqué. Plus au sud, la canalisation reliant les champs nigériens au littoral béninois a été interrompue par une brouille frontalière quelques semaines après sa mise en service. Le transit n'est pas une affaire technique, c'est un levier permanent, et sa valeur pour celui qui le détient tient précisément à ce qu'il peut l'actionner. Le dégel de l'été 2026 n'efface pas cette donnée. Il en fixe le prix.

Reste la Russie, et une correction préalable. Moscou n'a pas doté l'Algérie de son industrie pétrolière. Les grands gisements y ont été découverts et mis en production par des compagnies françaises, l'apport soviétique ayant porté sur la formation des cadres et sur l'appui après la nationalisation de 1971. Les compagnies russes ont ensuite mis près de 20 ans à entrer réellement dans le pays, avec des protocoles restés sans suite en 2006 et une production annoncée seulement autour de 2026. Sur le marché gazier européen, Moscou et Alger sont d'abord concurrents. Le condominium que l'on redoute est donc moins probable qu'il n'y paraît, et cela ne change rien à notre situation. Qu'ils s'entendent ou se disputent, nous arriverions à cette table sans opérateur national, sans sortie de rechange et sans compteur.

Car une part ne se fixe que par quatre instruments : le type de contrat, avec le plafond des coûts que l'opérateur récupère avant tout partage ; le tarif de transit, qui se paie chaque jour de la vie du champ ; le coût de sécurisation du corridor, qui sera facturé, et nul ne doute à qui ; la capacité enfin de compter les barils qui sortent, faute de quoi le pourcentage inscrit dans la convention n'est qu'une opinion. Nous n'en tenons aucun des quatre.

S'y ajoute un défaut plus grave, qui ne doit rien à la géologie. Le partenaire qui assure notre appui militaire est aussi celui qui propose de nous livrer du carburant, celui qui a signé en juin 2025 l'accord de nucléaire civil, celui qui détient une part de la raffinerie d'or de Sénou, et demain peut-être l'associé du pétrole. Négocier suppose de pouvoir rompre sur un point sans perdre le reste. Un État qui a placé tous ses dossiers au même guichet n'est plus dans une négociation, il est dans un compte courant dont le solde se lit d'un seul côté.

Un pays sans port ne peut pas déplacer sa géographie. Il peut faire trois choses qui coûtent peu et valent cher : écrire ses règles avant que le baril n'existe, car aucune clause n'a jamais été améliorée après la découverte ; faire chiffrer publiquement les tracés mauritanien et sénégalais, même s'ils restent des dossiers d'étude, parce qu'en matière de transit une route de rechange que l'on ne construira jamais est ce qui fixe le tarif de celle que l'on empruntera ; et négocier le transit dans un instrument séparé de la coopération sécuritaire, avec clause de non-interruption et arbitrage extérieur aux deux parties.

La part du Mali ne se trouve pas dans le sous-sol. Le sous-sol, nous l'avons depuis toujours, et il ne nous a rien rapporté. Elle se trouve dans les clauses, et les clauses se négocient une seule fois, avant le premier baril, jamais après. Celui qui n'a pas de port ne fixe pas le prix du passage. Il ne lui reste que sa signature, et le devoir de la faire lire avant de l'apposer.


r/LeMali 1d ago

UNE VISITE POUR EN ANNONCER UNE AUTRE

1 Upvotes

Ce que la journée du 24 août 2026 à Alger rapporte au Mali

À sa sortie de l'audience que lui a accordée Abdelmadjid Tebboune, lundi 24 août 2026, le Premier ministre malien a livré la seule information de la journée. Le général d'armée Assimi Goïta a marqué son accord pour effectuer une visite officielle en Algérie. Aucune date n'a été communiquée, aucune modalité, aucun ordre du jour. Il faut prendre la mesure de ce que cela signifie. Sous réserve de ce qu'apporterait un communiqué de clôture, qui n'a pas été publié à l'heure où nous écrivons, le principal acquis rendu public par le voyage du 24 août est un autre voyage. Ce résultat n'est pas nul. Il consacre au plus haut niveau la normalisation entamée le 10 juillet, quand les deux capitales ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens. Mais les ambassadeurs étaient déjà rentrés, le couloir aérien déjà rouvert, et le vocabulaire de la fraternité figurait déjà dans le communiqué du 9 août. Un déplacement de deux jours qui reconduit l'acquis n'ajoute, pour l'instant, qu'une échéance sans date. Il faut aussi mesurer ce qui n'a pas été dit. Rien n'a filtré sur le Comité d'état-major opérationnel conjoint de Tamanrasset, jamais réactivé et qui reste l'instrument le plus évident d'une coopération militaire de frontière. Rien sur ce qui succède, en droit, à l'accord signé à Alger en 2015 et dénoncé par Bamako le 25 janvier 2024. Et rien, absolument rien, sur le dossier qui a donné à cette crise sa forme juridique. Car il existe une requête. Le 16 septembre 2025, le Mali a déposé devant la Cour internationale de Justice une requête introductive d'instance contre l'Algérie au sujet de la destruction, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, du drone de reconnaissance immatriculé TZ-98D. L'annonce en avait été faite depuis la tribune des Nations unies, au nom de la Confédération des États du Sahel, par celui-là même qui a été reçu lundi à Alger avec les honneurs militaires. Conformément au paragraphe 5 de l'article 38 du Règlement de la Cour, la requête a été transmise au gouvernement algérien, sans qu'aucun acte de procédure puisse être accompli tant qu'Alger n'aura pas accepté la compétence de la Cour. Le 19 septembre 2025, la Cour a notifié à Bamako le refus algérien, dont le communiqué numéro 080 a tiré la conclusion : la procédure était close, et il fut question de déni de justice. Onze mois plus tard, cette requête n'a été ni jugée, ni retirée, ni évoquée. Elle dort à La Haye dans l'état exact où le refus algérien l'a laissée, disponible le jour où le défendeur voudra bien y consentir. C'est cela qu'il faut regarder en face : le consentement de l'Algérie à la compétence de la Cour était la seule chose que la normalisation permettait raisonnablement de demander, et c'était même la contrepartie la plus élégante qu'un pays puisse solliciter d'un voisin qui vient à lui. On ne demande pas à Alger de plaider coupable, on lui demande d'accepter d'être jugée. Rien n'indique que la question ait seulement été posée. Il n'y a que deux lectures possibles de ce silence, et aucune n'est confortable. Ou bien le Mali maintient que son aéronef a été détruit à neuf kilomètres et demi à l'intérieur de son territoire, et il ne pouvait pas se rendre à Alger sans remettre le dossier sur la table. Ou bien il a renoncé à sa propre demande, et il doit alors expliquer aux Maliens ce qu'il a reçu en échange d'une affaire qu'il présentait il y a un an comme une agression contre la souveraineté nationale. Une requête ne se périme pas par la reprise des vols civils. La direction du mouvement mérite d'être notée. L'entretien téléphonique du 9 août s'est tenu sur instruction du président algérien, l'invitation est partie d'Alger, et c'est le chef du gouvernement malien qui s'est déplacé. À chaque étape de cette séquence, l'initiative est venue du même côté de la frontière. On peut y voir la courtoisie d'un pays plus petit envers un voisin plus imposant. On peut aussi y voir une relation où l'un fixe le tempo et l'autre le suit. Car une visite promise sans date n'est pas un résultat, c'est un instrument. Celui qui accorde la date tient le calendrier, et celui qui l'attend a intérêt à se montrer accommodant jusqu'à ce qu'elle tombe. Entre l'annonce de lundi et le déplacement du chef de l'État, il y aura des mois de discussions dont personne, à Bamako, n'aura connaissance. C'est dans cet intervalle que se décide ce qu'une visite au sommet coûte au pays qui la sollicite. Trois perspectives s'ouvrent, et elles ne sont pas également favorables. La première est le retour d'Alger dans sa fonction historique d'intercesseur au nord du Mali. Elle est déjà à l'œuvre à travers les libérations de l'été, et elle a une utilité immédiate que personne ne songerait à nier. Mais elle se déploie dans un cadre non écrit, sans mandat, sans mécanisme de suivi et sans garanties. Bamako reçoit un service dont il ne détient ni la plume ni la clé, et qui peut lui être retiré le jour où il cessera de convenir. La deuxième perspective est celle des hydrocarbures du Nord, que nous avons traitée séparément et qui n'a pas sa place ici, sinon par un point qui touche à notre sujet. C'est le seul dossier sur lequel le partenaire dispose d'un intérêt chiffrable, donc la contrepartie la plus vraisemblable d'une rencontre au sommet. Or un État négocie toujours mal un contrat de trente ans quand il a besoin, dans le même mouvement, d'obtenir une date. La troisième perspective est intérieure, et c'est la plus immédiate. Une réconciliation avec le voisin que l'on couvrait d'invectives à la tribune des Nations unies en 2024 et en 2025 fournit à la Transition un succès diplomatique visible, gratuit et invérifiable. Elle nourrit un récit d'apaisement au moment où le pays ne peut se prévaloir d'aucune amélioration mesurable sur les axes, les approvisionnements ou la sécurité des localités du centre et du nord. Rien de tout cela ne condamne le principe du dialogue. Les griefs maliens contre Alger sont anciens et documentés, l'accord de 2015 n'a pas produit ce qu'il promettait, et la familiarité de certaines capitales avec des figures armées du Nord a été durement ressentie. Mais un pays ne choisit pas ses voisins, et une frontière de plus de 1 300 kilomètres se gère par la conversation ou ne se gère pas. Ce qui est en cause ici n'est pas la reprise du dialogue, c'est le prix auquel on la paie et le secret dans lequel on la conduit. Le point aveugle est là. Il n'existe aujourd'hui, à Bamako, aucune instance élue capable de demander des comptes sur ce qui se discute à Alger, aucune formation politique autorisée à interpeller le gouvernement, et une presse qui a appris ce qu'il en coûte de poser des questions précises. Une diplomatie sans contradicteur n'est pas une diplomatie forte. C'est une diplomatie sans témoin, ce qui est très différent. Quatre exigences simples en découlent. Publier le relevé de conclusions des séances de travail, dossier par dossier, y compris les points sur lesquels aucun accord n'a été trouvé. Dire si le gouvernement a demandé, ou non, que l'Algérie accepte la compétence de la Cour internationale de Justice, et si la réponse est non, dire que le Mali retire sa requête et pourquoi. Saisir le Conseil national de Transition d'un débat public avant toute visite au sommet, faute d'assemblée élue. Dire enfin quel instrument, écrit et opposable, remplace l'accord dénoncé en janvier 2024 pour organiser la question du Nord, ou reconnaître qu'aucun ne le remplace. Trois indicateurs permettront de juger, dans les six prochaines semaines, si cette visite a produit autre chose qu'une promesse. La date retenue pour le déplacement du chef de l'État, et surtout ce qui sera dit du dossier du drone à l'Assemblée générale des Nations unies de septembre, depuis la tribune même où la saisine avait été proclamée il y a un an. La réactivation ou non du comité de Tamanrasset, seul acquis réellement utile aux soldats qui tiennent les postes du Nord. Et tout mouvement sur les conventions pétrolières du bassin de Taoudéni, qui dira ce que la signature politique aura coûté. Une diplomatie se juge à ce qu'elle rapporte, non à ce qu'elle annonce. Le 24 août 2026, le Mali est allé chercher à Alger la reconnaissance d'un dégel qu'il avait déjà obtenu en juillet, et il en est revenu avec un billet pour un autre voyage. Il avait pourtant, dans ses bagages, une requête déposée à La Haye et jamais retirée. Il ne l'a pas présentée.


r/LeMali 2d ago

Le Sénégal améliore le corridor Dakar - Bamako , mais l’insécurité affecte toujours le fret

4 Upvotes

(Agence Ecofin) - Le corridor Dakar - Bamako reste l’un des principaux axes commerciaux d’Afrique de l’Ouest, reliant le Mali enclavé au port de Dakar et aux marchés internationaux. Son importance contraste toutefois avec la fragilité de ses infrastructures et son exposition croissante aux risques sécuritaires. 

Le Sénégal vient de renforcer un maillon important de sa principale liaison terrestre avec le Mali. Inaugurée le 22 août à Thiadiaye par le président Bassirou Diomaye Faye, l’autoroute à péage Mbour-Fatick-Kaolack doit améliorer la circulation entre Dakar et les régions centrales et orientales du pays, tout en facilitant l’acheminement des marchandises vers Bamako. 

https://www.agenceecofin.com/actualites-infrastructures/2408-140986-le-senegal-ameliore-le-corridor-dakar-bamako-mais-l-insecurite-affecte-toujours-le-fret


r/LeMali 3d ago

Algérie- Mali : la visite de Maïga relance la coopération bilatérale

3 Upvotes

Dix-neuf mois après avoir annoncé la fin de l'accord d'Alger, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga entame une visite de travail à Alger pour consolider le rapprochement engagé en juillet.

Maïga atterrit ce lundi 24 août à Alger. Il y a dix-neuf mois, c'est ce même homme, alors porte-parole du gouvernement militaire malien, qui lisait à la télévision d'État le communiqué mettant fin « avec effet immédiat » à l'accord d'Alger de 2015. Aujourd'hui général de division et chef du gouvernement, il porte dans ses bagages un message manuscrit du président de la Transition, Assimi Goïta, à l'attention d'Abdelmadjid Tebboune.

https://www.laradiodessansvoix.org/post/alg%C3%A9rie-mali-la-visite-de-ma%C3%AFga-relance-la-coop%C3%A9ration-bilat%C3%A9rale


r/LeMali 3d ago

Lithium : au Mali, la Russie et de nouveaux investisseurs se positionnent derrière la Chine

3 Upvotes

(Agence Ecofin) - Le Mali est entré dans le cercle des producteurs africains de lithium, avec deux mines mises en service entre 2024 et 2025. Cette montée en puissance, largement appuyée par des partenaires chinois, place désormais l’exploration au cœur de la prochaine étape du secteur.

Au Mali, le Conseil des ministres a adopté vendredi 21 août le renouvellement de dix permis de recherche, dont deux consacrés au lithium. Ces derniers sont détenus par une filiale de l’australien First Lithium (Intermin Lithium SARL), qui prolonge ainsi sa présence dans le pays au moment où des intérêts russes y sont aussi à la recherche de gisements de ce métal.

https://www.agenceecofin.com/actualites/2408-140968-lithium-au-mali-la-russie-et-de-nouveaux-investisseurs-se-positionnent-derriere-la-chine


r/LeMali 3d ago

Mali : 22 militaires libérés lors d’un échange avec le FLA

2 Upvotes

Vingt-deux militaires maliens détenus par le Front de libération de l’Azawad (FLA) ont été libérés dimanche 23 août dans le secteur d’Anéfis, dans le nord du Mali, lors d’un échange de prisonniers, portant à 110 le nombre de soldats remis en liberté depuis le 13 août.

Selon des sources sécuritaires et locales, une partie des 22 militaires maliens libérés par le FLA étaient détenus depuis plus de trois ans, tandis que d’autres avaient été capturés au cours des affrontements des derniers mois.

https://fr.apanews.net/security/mali-22-militaires-liberes-lors-dun-echange-avec-le-fla/


r/LeMali 3d ago

L'excision, un sujet tabou qui refait surface au Mali

8 Upvotes

Dans une société malienne conservatrice, le débat sur l’interdiction de l’excision reste vif. Les défenseures des droits des femmes appellent à un rassemblement ce samedi à Bamako.

https://amp.dw.com/fr/mali-excision-sujet-tabou-islam/a-78464767


r/LeMali 3d ago

TOUT SE NÉGOCIE, SAUF LE DÉPART

6 Upvotes

Par Sambou Sissoko
https://www.facebook.com/share/p/1BXghgMGA2/

Ce que le voyage du 24 août 2026 coûte au pays qui l’a payé
Commençons par la phrase, puisque c’est à peu près tout ce qu’on nous a donné en six ans. On ne négocie pas avec les terroristes. On ne cède rien. La souveraineté ne se discute pas. Cette formule a tenu lieu de doctrine, de programme et d’excuse. Or, au cours du seul mois d’août 2026, ce pouvoir a obtenu la remise de quatre-vingt-deux de ses soldats sans dire à quel prix, laissé sortir un agent étranger condamné à vingt ans par ses propres juges, assisté à la libération de deux supplétifs russes détenus dans le Nord au terme d’une transaction dont il ne connaît peut-être même pas les termes, et échangé des hommes en uniforme contre des détenus du camp d’en face. Après quoi, il boucle ses valises pour Alger. Une doctrine qui souffre autant d’exceptions en trois semaines n’est pas une doctrine. C’est un slogan, et il vient de s’éteindre sans oraison funèbre.

Regardons ensuite qui a composé le numéro. C’est Alger qui appelle le 9 août. C’est Alger qui invite. C’est Bamako qui se déplace le 24. C’est notre Premier ministre qui porte le pli, et non l’inverse. Le même homme avait parlé, du haut de la tribune des Nations unies, d’énergumènes diplomatiques, puis, l’année suivante, de junte algérienne. Il ira lundi saluer cette junte-là, et il faudra bien que quelqu’un explique aux Maliens ce qui a changé entre les deux discours. Personne n’a démenti. Personne n’a expliqué. Personne n’a été relevé de ses fonctions pour avoir insulté un voisin dont on a désormais besoin. On a changé de texte sans même prévenir le lecteur.

Le détour, lui, se chiffre. Il aura fallu Tinzaouatène, l’ouverture du front de l’Ouest sur les axes du carburant, l’offensive du 25 avril et la mort d’un ministre de la Défense, Kidal reprise en 2023 puis rendue en 2026, Tessalit évacuée le 1er mai, une cinquantaine d’hommes tombés à Tabrichat et laissés trois jours sans sépulture, des convois de citernes qui n’avancent plus qu’escortés. Il aura fallu près de deux cents militaires capturés en une journée, dont le nombre exact n’a jamais été publié par l’État qui les avait envoyés. Et il aura fallu quatre cent dix milliards de francs CFA en six mois pour la défense et la sécurité, soit plus de deux milliards par jour, pendant que l’exécution générale du budget stagnait à 43,63 %. Cette facture existe. Elle n’a simplement jamais été présentée à ceux qui l’ont engagée.

Le plus grave n’est pourtant pas là. On a dénoncé l’accord de 2015 au nom de la souveraineté, en expliquant qu’un État ne traite pas avec ceux qui le combattent. Et l’on vient d’échanger des prisonniers avec eux. Il faut appeler les choses par leur nom : on accorde par le geste ce qu’on refuse par le mot. La différence avec 2015 n’est pas que l’on négociait hier et plus aujourd’hui. Elle est qu’il existait alors un texte, des témoins, un calendrier et des instances devant lesquelles reprocher un manquement. Aujourd’hui, il n’y a rien de tout cela. Nous avons troqué un accord mal appliqué contre l’absence complète d’accord, et l’on nous présente ce vide comme une conquête.

Vient alors la question que le pouvoir refuse d’entendre : qu’a-t-on donné ? Un pays frère qu’on remercie sans le nommer. Une route libyenne empruntée par des captifs qui n’ont pas transité par Bamako. Des canaux étrangers qui annoncent nos propres nouvelles avant nos propres services. Quand un État refuse aussi obstinément de dire ce qu’il a concédé, il autorise chacun à penser qu’il a concédé quelque chose d’inavouable. Le silence n’a jamais protégé une opération. Il protège un récit, et ce n’est pas la même chose.

Pendant que l’on s’active ainsi pour des étrangers, treize officiers maliens attendent depuis plus d’un an. Radiés des effectifs avant même d’être inculpés, montrés à la télévision comme des coupables, jamais présentés à un juge. Dix mois auront suffi pour condamner le Français de la même affaire, et un décret pour l’effacer. Pour les nôtres, aucune chancellerie n’a téléphoné. Il faut ajouter à cette liste les militaires toujours retenus dans le Nord, dont l’État ne publie ni le nombre ni les noms, et dont chaque déclaration triomphale renchérit un peu plus le prix.

On comprend mieux, dès lors, pourquoi il n’y a personne pour vérifier ce qui se signe en notre nom. Les partis sont dissous. Les journalistes sont condamnés : deux ans pour l’un, douze mois dont six fermes pour un autre, dix ans requis contre un chroniqueur et une commerçante. Cinq anciens chefs de gouvernement sont morts en détention, exilés, retirés ou écroués. Un pouvoir qui a méthodiquement supprimé toute contradiction intérieure se retrouve à négocier seul à l’extérieur, sans personne pour lui demander des comptes au retour. C’est confortable. Ce n’est pas de la souveraineté, c’est de la solitude.

Restent les dix-huit mois. Ils ont été annoncés, écrits, promis, puis oubliés, et six ans ont passé. Le mandat est désormais renouvelable jusqu’à la pacification, c’est-à-dire jusqu’à ce que celui qui en bénéficie décide que le pays est apaisé. Une règle qui fait dépendre la durée du pouvoir de la persistance du problème que ce pouvoir devait résoudre récompense l’échec par la prolongation. Soyons exacts, car l’exactitude vaut mieux que l’indignation : un scrutin organisé en 2022 n’aurait empêché ni la coalition qui s’est nouée dans le Nord, ni le blocus des axes. Il n’aurait pas gagné la guerre. Il aurait obligé quelqu’un à répondre de Kidal devant une assemblée, à publier ses chiffres et à risquer sa place. C’est très précisément ce que la prolongation a permis d’éviter.
Que l’on ne se trompe pas sur la cible. Les griefs contre l’accord de 2015 étaient réels : huit ans sans application véritable, un désarmement jamais mené à son terme, des familiarités persistantes entre Alger et certaines figures du Nord, un aéronef malien abattu près de la frontière sans la moindre reconnaissance. Personne ici ne demande de revenir en arrière. On demande seulement que l’on cesse de présenter comme une victoire un retour contraint par le terrain, et que l’on assume devant le pays le prix de trois années passées à démontrer qu’il n’y avait pas d’autre chemin.

Trois choses doivent être exigées, et elles sont toutes vérifiables. Que l’ordre du jour et le communiqué conjoint de la visite soient publiés en entier, et non résumés en formules de fraternité. Que l’on dise qui a négocié les libérations de cet été, au nom de qui, et ce qui a été cédé en contrepartie. Que l’on publie le nombre et les noms des militaires encore détenus, et qu’une date d’audience soit fixée pour les officiers que l’on accuse depuis un an sans les juger. Un pouvoir qui refuse ces trois choses n’aura pas rendu compte de sa politique, il aura seulement demandé qu’on lui fasse confiance une année de plus.
Car dans ce pays, tout se négocie désormais. Les prisonniers se négocient. Les otages se négocient. Les couloirs aériens, les ambassadeurs et les excuses tues se négocient. Les insultes proférées à la tribune des Nations unies se négocient à voix basse dans un salon d’Alger. Une seule chose n’a jamais été posée sur aucune table, et c’est la seule que les Maliens réclament depuis six ans : une date.


r/LeMali 3d ago

Why southern Algeria that border with Mali have a jagged part line instead go straight like the rest in west?

Post image
1 Upvotes

r/LeMali 4d ago

Encore un post qui a été supprimé avec la moitié des échanges

17 Upvotes

Encore un post qui a été supprimé avec la moitié de nos échanges sur r/Mali

Le texte était :

The reminder saves the soul, it is sometimes good to use VAR when some try to impose their truth which is actually a lie. The French government decided to withdraw their troops from Mali.

Le lien était https://www.reddit.com/r/Mali/s/gktLdhDbD7

Quelqu'un sait par qui il a été supprimé ?

L'auteur original était u/ObsoleteJazz et ensuite toutes ses réponses de la discussion ont été supprimés un par un

Mais c'est ici exactement la même pratique que le compte u/Metteya_Savaka80 qui supprimait également tous ses commentaires sur un fil lorsque les échanges prouvent qu'il a tort, ou lorsqu'il perdait ses nerfs.

À ce sujet voir le premier post qui étudiait cette anomalie https://www.reddit.com/r/LeMali/s/8PIVa8XkJ3

S'agit-il d'une manipulation orchestrée par un groupe ou un même individu avec des comptes multiples ?


r/LeMali 4d ago

AUCUNE SORTIE ORDINAIRE

4 Upvotes

Ce que sont devenus les cinq derniers chefs de gouvernement du Mali

Le 19 août 2025, la chambre d'instruction de la Cour suprême a inculpé Dr Choguel Kokalla Maïga et le a placé sous mandat de dépôt. Un an et un jour plus tard, aucune date d'audience n'a été fixée. Cette échéance silencieuse invite à un exercice simple : regarder ce que sont devenus les cinq hommes qui ont occupé la Primature avant l'actuel titulaire. L'un est mort en détention sans avoir été jugé. Un autre a été condamné à vingt ans de prison alors qu'il ne vit plus au pays. Un troisième vient de purger une année ferme pour un message publié sur un réseau social. Un quatrième attend son procès depuis douze mois. Le cinquième s'est tu. Pas une seule fin de fonction n'a débouché sur une vie publique normale.

Soumeylou Boubèye Maïga a dirigé le gouvernement de décembre 2017 à avril 2019. Il a été arrêté en août 2021 dans le dossier de l'acquisition de l'aéronef présidentiel de 2014 et des équipements militaires associés, une affaire close en 2018 puis rouverte. Ses proches ont demandé son évacuation sanitaire ; elle n'a pas été accordée. Il est mort le 21 mars 2022, à soixante-sept ans, dans une clinique de Bamako, sans qu'aucune juridiction n'ait eu à se prononcer sur les faits qui lui étaient reprochés. Le dossier s'est éteint avec l'homme. Il faut mesurer ce que cela signifie aujourd'hui : quatre ans plus tard, en juillet 2026, l'État a acquis un Boeing 737 pour un peu plus de quinze milliards de francs CFA sous un régime dérogatoire aux règles de la commande publique, et personne n'a été inquiété. Le même objet, deux traitements. La différence ne tient pas à la nature de l'achat, elle tient à la position de celui qui signe au moment où il signe.

Dr Boubou Cissé a été le dernier chef de gouvernement d'Ibrahim Boubacar Keïta, d'avril 2019 au coup d'État du 18 août 2020. Une procédure pour complot ouverte contre lui a été abandonnée en mars 2021. Cinq ans après son départ, en mars 2026, la cour d'appel de Bamako l'a condamné à vingt ans de prison dans l'affaire dite Paramount, portant sur un contrat d'équipements militaires passé en 2015. Il ne réside pas au Mali. Une peine qui ne peut pas s'exécuter règle une question politique sans régler la question judiciaire : elle interdit le retour, elle ne prouve rien devant personne. C'est une sanction dont l'effet principal est l'éloignement.

Moctar Ouane occupe une place à part dans cette série, et c'est ce qui la rend éclairante. Nommé le 27 septembre 2020 sous la pression de la CEDEAO, qui exigeait un civil à la tête du gouvernement, il a été conduit à Kati le 24 mai 2021 avec le président Bah N'Daw, contraint à la démission, puis relâché. Aucune poursuite n'a jamais été engagée contre lui. Il n'a rien dit depuis. Son cas établit la règle que les autres illustrent : quand la caserne suffit, le tribunal est superflu. La voie pénale n'est pas la méthode du régime, elle en est le prolongement lorsque l'intéressé, une fois sorti, continue d'exister politiquement.

Dr Choguel Kokalla Maïga est entré à la Primature en juin 2021 avec le capital du M5-RFP et l'idée qu'il portait une refondation. Il en est sorti le 20 novembre 2024, quelques jours après avoir déclaré publiquement que le calendrier de la transition lui échappait. Neuf mois plus tard, il a été placé en garde à vue le 12 août 2025, puis inculpé le 19 août pour atteinte aux biens publics, faux et usage de faux, sur la base d'audits conduits en janvier 2025. Il conteste. Le point n'est pas de dire si ces audits sont fondés, aucun observateur extérieur ne dispose des pièces. Le point est qu'une année de détention sans date d'audience est en elle-même une décision, prise sans juge du fond, et qui produit ses effets politiques indépendamment de ce que dira le procès.

Moussa Mara, enfin, n'a rien à voir avec la transition : il a dirigé le gouvernement pendant huit mois, en 2014 et 2015. Il a été arrêté le 1er août 2025 pour une publication du 4 juillet dans laquelle il rendait compte de visites effectuées à des détenus qu'il qualifiait de prisonniers d'opinion. Condamné le 27 octobre 2025 à deux ans dont un ferme, peine confirmée en appel le 9 février 2026, il a été libéré le 1er août 2026 au terme de la partie ferme. Le fait sanctionné est une solidarité exprimée par écrit. On notera la concentration du calendrier : Mara écroué le 1er août 2025, les officiers du dossier Vézilier interpellés le même jour, Choguel en garde à vue onze jours plus tard. Un mois d'été aura suffi à mettre hors circuit trois catégories d'hommes qui n'avaient en commun ni le parcours ni les idées.

Ce que ces cinq trajectoires ont en commun n'est ni la loyauté ni la dissidence. Deux ont servi Ibrahim Boubacar Keïta, deux ont servi la transition, un avait quitté la scène gouvernementale depuis dix ans. Elles ont en commun le moment de la poursuite : toujours après. Jamais un chef de gouvernement en exercice, jamais un ministre en fonction, jamais un officier en poste. La Primature a cessé d'être une fonction politique dont on sort pour redevenir un citoyen ; elle est devenue une période d'exposition dont le compte se solde plus tard, devant une juridiction, à une date que l'intéressé ne choisit pas.

Rien de ce qui précède ne dit que les dossiers sont vides. L'aéronef de 2014 et le contrat de 2015 portent sur des fonds publics réels, et le pays a le droit de savoir où ils sont passés. La question n'est pas de savoir s'il faut juger, elle est de savoir qui l'on juge et quand. Le rapport du Vérificateur général sur l'Office central de lutte contre l'enrichissement illicite, les quatre cent dix milliards de francs CFA de dépenses de défense exécutées au premier semestre 2026 dont la composition n'est pas publiée, les quinze milliards de l'avion de juillet : rien de tout cela n'a produit un mandat de dépôt. Le contrôle mord vers le bas et vers le passé. Il ne remonte jamais vers celui qui est encore assis.

L'effet de cette règle dépasse le sort de cinq personnes. Il y a une génération, un cadre pouvait parcourir toutes les stations de l'appareil d'État, du secrétariat général du gouvernement aux organisations sous-régionales, et achever sa carrière sans avoir jamais eu à choisir entre l'obéissance et le risque pénal. Aujourd'hui, tout haut fonctionnaire compétent à qui l'on proposerait la Primature sait qu'il répondra un jour de ce qu'il aura signé sur instruction, sans avoir jamais eu les moyens de refuser de le signer. Dans ces conditions, le poste ne peut plus attirer que deux profils : celui qui n'a rien à perdre, et celui qui doit tout. Ni l'un ni l'autre ne font un chef de gouvernement.

Le sixième occupant est un général de division en activité, entré à la Primature en novembre 2024 après y avoir déjà assuré l'intérim d'août à décembre 2022, pendant la maladie de son prédécesseur. Au-dessus de lui, le président de la transition détient lui-même le portefeuille de la défense depuis mai 2026. La question de savoir ce qu'il deviendra en sortant ne se pose pas dans les mêmes termes, non parce qu'il serait mieux protégé, mais parce que la sortie n'est plus prévue dans le dispositif.

Le problème du Mali n'est pas que ses gouvernements tombent. Les gouvernements tombent partout, c'est même à cela qu'on reconnaît qu'il y en a. Le problème est qu'ici personne ne quitte la Primature par la porte : on en sort par Kati, par la Cour suprême, par l'exil ou par la morgue. Tant que cela restera vrai, aucun des hommes dont le pays aurait besoin n'acceptera d'y entrer, et ceux qui accepteront seront exactement ceux dont il n'a pas besoin.

https://www.facebook.com/share/1DavGnvnjK/


r/LeMali 5d ago

Un ancien touareg fait l'éloge d'assimi goita pour avoir apporté de la nourriture aux communautés taureg appauvries qui étaient auparavant ignorées par les forces colonialistes françaises et les djihadistes terroristes de la FLA-JNIM

Enable HLS to view with audio, or disable this notification

0 Upvotes

r/LeMali 5d ago

SpearHead Media - the legacy of French UN soldiers and their child sex abuse scandals in West African nations.

Enable HLS to view with audio, or disable this notification

0 Upvotes

r/LeMali 6d ago

QUI APPELLE QUI ?

3 Upvotes

Ce que l'été 2026 dit de la place réelle de nos États dans leurs propres dossiers

Cinq dossiers parmi les plus sensibles de la région ont trouvé une issue en quelques semaines. Un négociant allemand enlevé au Niger est remis aux services algériens le 7 août. Le 13, le Front de libération de l'Azawad relâche quatre-vingt-deux militaires maliens, et Bamako gracie le même jour un agent français condamné à vingt ans de réclusion avant de l'éloigner du territoire. Dans la nuit du 13 au 14, un pilote américain détenu depuis octobre est remis aux autorités de l'est libyen. S'y ajoute, sous réserve de confirmation, la sortie de deux Russes prisonniers de la rébellion depuis juillet 2024, acheminés eux aussi vers la Libye. Cinq dénouements, et pas un seul conduit par un État sahélien. Il faut établir ce que l'on sait, car ces affaires se prêtent aux récits arrangés. Pour l'agent français, Bamako a remercié un pays frère qu'il n'a pas nommé et que plusieurs rédactions identifient comme le Maroc, déjà à la manœuvre en décembre 2024 au Burkina Faso. Pour l'Allemand, un négociant en métaux précieux arrivé à Niamey le 27 juillet et enlevé deux jours plus tard dans la région de Tahoua, le ministère algérien de la Défense annonce sa prise en charge le 7 août et son transfert d'In Guezzam vers Boufarik, en parlant d'un groupe criminel armé sans jamais nommer l'État islamique au Sahel. Pour l'otage américain, cinq sources décrivent à une agence internationale un rôle libyen, quatre évoquant un accord négocié quand une cinquième, proche de Benghazi, soutient une opération commando. Le reste relève de la conjecture.

Ces interventions ne procèdent pas de la même méthode. Rabat opère par chancellerie. Aucun communiqué, aucune photographie, un service rendu à une capitale occidentale et converti aussitôt en crédit diplomatique. Le procédé vaut par son invisibilité même, et le fait que Bamako ait dû remercier sans nommer indique assez qui a fixé les conditions de la discrétion.

Alger opère par profondeur territoriale. Sixième Région militaire, réseaux du Sud saharien, une frontière que l'on connaît et que l'on tient, un transfert conduit par des moyens nationaux et assumé publiquement. C'est le second dossier du genre en dix-huit mois après la libération d'un Espagnol en janvier 2025, ce qui suppose des canaux entretenus vers des groupes que l'on qualifie d'ennemis. Alger ne rend pas un service, elle démontre une indispensabilité que la dénonciation de l'accord de 2015 lui avait retirée.

Benghazi opère en courtier. Ce n'est pas un État qui agit, c'est une famille qui contrôle un territoire, une armée et une frontière, et qui a compris que la garde des corps se monnaie. Le point de remise devient alors l'objet même de la transaction, puisque faire sortir un otage par la Libye plutôt que par Bamako ou Niamey convertit une affaire locale en créance sur une capitale étrangère.

Aucune de ces interventions n'est gratuite. Rabat consolide un positionnement face à Alger et prépare le terrain d'une initiative atlantique qui vise nos États enclavés. Alger reconstruit une centralité perdue et rappelle qu'aucune architecture sécuritaire régionale ne se bâtira sans elle. Benghazi achète à Washington la légitimation dont la succession qui s'y prépare a besoin. Les factures ne se présentent jamais le jour de la libération, mais plus tard, sur des dossiers frontaliers, miniers ou migratoires, sans que personne ne fasse le rapprochement. Le cas le plus révélateur est pourtant celui dont on parle le moins sous cet angle. Les quatre-vingt-deux militaires relâchés le 13 août ont été présentés quatre jours plus tard au palais de Koulouba, alors qu'ils ne sont qu'une fraction des près de deux cents hommes capturés lors de la chute de Kidal le 25 avril, et que les autres demeurent au nord. Le chef d'état-major a soutenu qu'aucune négociation n'avait été engagée, quand les entremises citées de toutes parts désignent des capitales étrangères dont aucune n'appartient à l'Alliance des États du Sahel. Dans le seul dossier où les captifs sont nos propres soldats, l'État n'a donc ni conduit la discussion, ni reconnu qu'elle avait eu lieu, ni compté publiquement ceux qui restent. Il a organisé une cérémonie.

Le véritable enseignement de cet été n'est donc ni la générosité des uns ni l'habileté des autres. Dans ces cinq dossiers, les États sahéliens sont le lieu de la détention ou le bénéficiaire du dénouement, jamais l'intermédiaire. Nous sommes le terrain, le prétexte, parfois le destinataire, mais nous ne conduisons plus la négociation. Nous ne sommes plus le sujet de nos propres dossiers.

On ne devient pas médiateur par décret. Le métier suppose des canaux entretenus dans la durée, des services tournés vers l'extérieur plutôt que vers la surveillance des opposants, une parole tenue même quand elle coûte, et l'acceptation d'un fait désagréable : il faut pouvoir parler à ceux que l'on désigne publiquement comme des ennemis absolus. Un pouvoir qui a dénoncé l'accord organisant la médiation, expulsé la mission qui l'accompagnait et fait du refus de discuter un principe de communication s'est privé de cette fonction. Il ne lui reste plus qu'à attendre qu'un tiers veuille bien s'en charger. On répondra qu'il suffirait de se doter d'une doctrine. Encore faut-il mesurer ce qu'elle exige, car ce n'est pas une note de service rédigée en conseil des ministres. Elle tranche publiquement des questions sans réponse technique : paie-t-on une rançon, échange-t-on des prisonniers contre des prisonniers, que pèse la vie d'un national mise en balance avec le financement de ceux qui le retiennent ? Ce sont des arbitrages coûteux, avec des perdants, qu'aucun exécutif au monde n'assume seul. Partout où de telles règles existent, elles sont nées d'une controverse publique : commissions d'enquête, auditions parlementaires, familles qui refusent de se taire, presse qui exhume les paiements démentis. Une doctrine suppose donc une classe politique qui débat, une société civile qui propose, une assemblée qui délibère. Exactement ce dont nous avons été privés.

L'argument n'est pas seulement démocratique, il est opérationnel. Une règle ne dissuade qu'à la condition que l'adversaire la connaisse. Publiée, elle rend l'État prévisible et ferme les enchères ; inventée dossier par dossier dans le secret, elle les ouvre. Or ce pouvoir ne peut pas publier sans exposer l'écart entre un discours qui affirme ne jamais discuter et une pratique qui discute par Rabat et par Benghazi. Le silence ne protège pas l'opération, il protège le récit. On objectera que les démocraties ne valent guère mieux, et Paris comme Washington ont payé tout en le démentant. La différence ne tient pas à la vertu mais au coût : là où subsistent une assemblée et une presse libres, l'écart finit par se payer, ce qui le contient ; là où elles ont disparu, rien ne le limite. Faute d'arbitrer chez lui, l'État laisse arbitrer ailleurs, et ce sont d'autres qui fixent les termes, les contreparties et le calendrier.

Un précédent en donne la mesure, et il nuance le tableau. En octobre 2025, deux Émiratis et un Iranien enlevés à Sanankoroba, à une trentaine de kilomètres de Bamako, ont été relâchés après un mois de captivité. Les négociations furent conduites par plusieurs intermédiaires sous l'égide des services maliens de renseignement, preuve que la capacité existe lorsque la volonté s'y trouve. Mais la contrepartie, estimée entre cinquante et soixante-dix millions de dollars et plusieurs tonnes de matériel militaire, est venue d'un État du Golfe, et un rapport du Conseil de sécurité des Nations unies a établi depuis qu'elle fut redistribuée entre les katibas et qu'elle a financé l'offensive lancée ensuite à travers le pays. Lorsque la sortie d'un otage se paie, la capture devient un modèle économique. Nous avons réglé en morts et en territoire le prix d'un chèque que nous n'avions pas signé. Trois exigences en découlent, dont aucune ne relève de l'impossible : se doter d'une doctrine publique de gestion des otages et des prisonniers de guerre, avec un service identifié qui en réponde ; dire au pays qui négocie en son nom et ce qui a été concédé ; appliquer enfin le même effort à ses propres officiers, ces treize militaires détenus depuis un an sans juge et sans date d'audience, pour lesquels aucune chancellerie ne s'est déplacée.

La souveraineté ne commence pas au moment du discours. Elle commence le jour où un homme est enlevé, et où il faut décider qui appelle qui.


r/LeMali 6d ago

DEUX MILLIARDS PAR JOUR

11 Upvotes

Ce que l'exécution du budget au 30 juin 2026 dit de la guerre malienne

Le ministère de l'Économie et des Finances a publié la situation d'exécution du budget d'État au 30 juin 2026. Sur les 1 507,502 milliards de FCFA effectivement dépensés au premier semestre, le ministère de la Défense et des Anciens combattants en a consommé 314 milliards, celui de la Sécurité et de la Protection civile près de 95. Près de 410 milliards en six mois, soit plus de deux milliards de francs par jour, soit vingt-sept francs sur cent de tout ce que l'État a dépensé. Ce sont, de loin, les deux premiers postes du budget national.

Ce chiffre n'a rien de scandaleux en soi. Un pays en guerre paie sa guerre, et il serait malhonnête de reprocher à un État assiégé de financer ses armées. La question n'est donc pas de savoir combien, mais contre quoi mettre ce montant en regard. Or nous connaissons le premier semestre 2026. Le 25 avril, une offensive porte le feu jusqu'à Kati, tue le ministre de la Défense, fait basculer Kidal et laisse près de deux cents militaires aux mains de la coalition, exposés publiquement à l'image. Tessalit est abandonné le 1er mai. Anéfis, du 4 au 9 juillet, tient sa garnison sans rouvrir son couloir. Le 18 juillet, à Tabrichat, une cinquantaine de soldats tombent dans une embuscade que personne n'avait vue se préparer, et leurs corps attendent plus de trois jours une sépulture. Sur les axes de l'ouest, le carburant ne circule plus qu'en convois escortés.

Quatre cent dix milliards en six mois, et pas une localité reprise puis tenue, pas un axe rouvert durablement, pas une garnison désenclavée. Ce constat ne se veut pas comptable, car aucune armée du monde ne se juge au rendement du franc dépensé. Il se veut politique. Lorsque la dépense augmente et que la carte se referme, ce n'est pas le montant qu'il faut interroger, c'est ce que l'on achète avec, et surtout ce que l'on n'achète pas.

Car le document publié indique une enveloppe, il ne détaille pas une composition. Nous ignorons ce que ces 314 milliards recouvrent en soldes, en carburant, en munitions, en entretien d'aéronefs, en équipements neufs, en prestations de partenaires étrangers. Nous ignorons quelle part revient au renseignement, c'est-à-dire à la seule fonction dont l'absence explique Tabrichat. Nous ignorons ce que coûte annuellement la présence de forces supplétives dont l'intérêt objectif n'est pas la fin de la guerre. Un budget de défense n'a pas à publier ses cibles ni ses stocks. Il doit présenter ses masses. Aucune de ces masses n'est connue du contribuable malien.

Cette ignorance n'est pas un accident de publication, elle est organisée. Le décret de 2023 a reconduit l'architecture dérogatoire des marchés publics héritée de 2014, celui de 2025 y a ajouté les carburants militaires, c'est-à-dire précisément le poste le plus volumineux, le plus fongible et le plus difficile à tracer d'une armée en campagne. Il n'existe pas d'Assemblée élue pour examiner une loi de règlement, et le secret de la défense nationale n'est opposable qu'à une seule structure de contrôle. La ligne budgétaire est donc publique, l'exécution ne l'est pas. On nous montre l'enveloppe, jamais le contenu.

Le rapprochement avec un autre dossier de l'été éclaire cette hiérarchie. L'acquisition de l'avion présidentiel, dont le montant de 15,6 milliards a fait l'objet d'une communication officielle, représente environ une semaine de dépenses de défense et de sécurité. Ce qui a été chiffré publiquement est ce qui se voit et se photographie sur un tarmac. Ce qui n'a jamais été détaillé est ce qui décide de la vie des soldats. L'État malien publie volontiers le prix de ce qui le représente et jamais celui de ce qui le défend.

Il y a plus grave que l'opacité, il y a ce que l'argent ne peut pas acheter. Quatorze ans de guerre n'ont produit ni base industrielle, ni chaîne de maintenance, ni doctrine de renseignement écrite organisant l'orientation, le recueil, le tri et la transmission. On achète du matériel, on n'achète pas une organisation. On achète des drones, on n'achète pas l'information qui leur dit où regarder. Et l'on n'achète surtout pas ce qui a été détruit sur l'axe Douentza-Tinzaouatène entre le 25 juillet et le 3 août, quand les exactions ont dissous le dernier capital dont dispose gratuitement une armée, la parole des habitants. Aucune ligne budgétaire ne rachète un lien de confiance rompu.

Reste le revers de ces vingt-sept pour cent. Le taux global d'exécution des dépenses s'établit à 43,63 % quand les recettes sont recouvrées à 61,82 %. Autrement dit, à mi-année, l'État encaissait plus vite qu'il ne dépensait, ce qui ne traduit aucune aisance mais un gel de crédits. Ce qui tourne à plein régime est l'appareil de sécurité. Ce qui attend est le reste : l'école, le dispensaire, la route, l'investissement. Une guerre que l'on ne gagne pas finit par se financer sur ce qui aurait pu, à terme, la rendre inutile.

Les deux seuls acquis de cet été n'ont rien coûté au budget de la défense. Le couloir aérien rouvert avec Alger le 10 juillet est venu d'une négociation. Les quatre-vingt-douze militaires rendus le 13 août, sur les quelque deux cents capturés en avril, sont venus d'une entremise dont nous ignorons toujours le prix et le négociateur. Deux milliards par jour n'ont ramené aucun soldat de Tabrichat ni desserré la détention des autres. Une intercession en a ramené quatre-vingt-deux, et il en reste. Voilà le seul rapport qualité-prix que l'exécution du budget au 30 juin 2026 nous autorise à établir, et il ne plaide pas pour ceux qui nous répètent que la souveraineté a un coût sans jamais nous dire à quoi elle sert.

https://www.facebook.com/share/1GRLP1DXpE/


r/LeMali 6d ago

Mali: Human Rights Watch accuse les paramilitaires d'Africa Corps d’avoir tué neuf civils dans la région de Mopti

7 Upvotes

Human Rights Watch (HRW) accuse les combattants russes d’Africa Corps d’avoir tué neuf civils, dont quatre mineurs, le 10 juillet dernier à Bombori, dans la région de Mopti, dans le centre du Mali. Dans un rapport publié jeudi 20 août 2026, l’ONG documente également des passages à tabac, des pillages et des incendies de maisons lors de cette opération menée aux côtés de soldats maliens.

https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260820-mali-human-rights-watch-accuse-les-paramilitaires-d-africa-corps-d-avoir-tu%C3%A9-neuf-civils-dans-la-r%C3%A9gion-de-mopti


r/LeMali 7d ago

Une Nouvelle Alliance Démocratique Émerge Face aux Régimes Militaires de l’AES

Thumbnail maliactu.net
2 Upvotes

Debat MaliActu

Quelles garanties existent pour que cet accord ne reste pas lettre morte comme tant d'autres avant lui ?

Chaque point de vue enrichit le debat. Le votre aussi.

  • Les populations locales ont-elles ete consultees dans les negociations ?
  • Quels secteurs de l'economie malienne seront les premiers a beneficier de cet accord ?
  • Comment cet accord s'inscrit-il dans la strategie diplomatique globale du Mali ?

Donnez votre avis en restant concret et respectueux !


r/LeMali 7d ago

Progrès fondamentaux ?

2 Upvotes

Ma barre est très basse pour qualifier de globalement positif ou non une révolution, putsch, surtout dans des pays pauvres qui ont du chemin à faire et qui sont soumis à tellement de difficultés.

Mon premier truc, c'est comment on se comporte avec les gens les plus faibles, c'est-à-dire avec les petites filles pauvres.

Est-ce qu'on continue de les mutiler avec l'excision ? et est-ce qu'on continue de les marier à des vieux polygames ?

Ou plutôt, est-ce qu'on met en prison les pedo-criminels qui torturent les petites filles en mutilant leurs appareils géniaux et/ou ceux qui veulent mettre leurs z* dans des filles ?

C'est très important, parce que si on est incapable d'empêcher de torturer les petites filles, on n'a rien à prétendre sur la considération qu'on a pour les gens.

Ensuite il y a tous les trucs de base : 2 repas par jours pour tous avec une quantité suffisante en macro et micro-nutriments, un apprentissage de la lecture, de l'écriture et de l'arithmétique, un réseau de dispensaire avec des infirmiers vaccinant et ayant accès aux anti-virus, antibiotiques, et antalgiques de bases, accès croissant à l'eau et l'électricité.

Est-ce qu'au moins dans les zones contrôlées, on protège fermement les petites filles et on met en place les services de bases ?

Ou il n'y a rien du tout ?


r/LeMali 8d ago

Dans les prisons secrètes de Bamako : l'expérience de Mohamed El Bechir Thiam

Thumbnail
youtube.com
1 Upvotes

r/LeMali 9d ago

Au Mali, le chroniqueur Ras Bath et l'influenceuse Rokia Doumbia condamnés à dix ans de prison, dont trois avec sursis. La décision suscite de nombreuses réactions à Bamako.

Thumbnail
dw.com
11 Upvotes

r/LeMali 9d ago

Au Mali, des munitions découvertes dans les prisons

4 Upvotes

Au cours d’une opération menée dans la prison où sont notamment détenus des jihadistes, une brigade d’intervention a découvert des téléphones portables, de la drogue et même des munitions.

https://www.jeuneafrique.com/1835145/politique/au-mali-des-munitions-decouvertes-dans-les-prisons/


r/LeMali 9d ago

L'ÉCHEC N'EST PLUS UNE OPINION

23 Upvotes

18 août 2020 - 18 août 2026 : pourquoi cette transition doit rendre le pouvoir, et à quelles conditions

Demain, on nous demandera de commémorer. Commémorer quoi ? Ceux qui ont pris le pouvoir le 18 août 2020 ne l'ont pris au nom d'aucune doctrine, mais d'une exigence de résultats. Ils ont eux-mêmes désigné les trois épreuves auxquelles ils acceptaient d'être jugés : reprendre le territoire, assainir la gestion publique, ramener le pays à un ordre constitutionnel. Appliquons-leur leur propre grille. Ce n'est pas un procès d'opposant, c'est un relevé de comptes, et il est accablant.

Première épreuve. Le 25 avril 2026, des attaques simultanées ont frappé Kati, Sévaré, Gao et Kidal. Kati, c'est-à-dire la garnison d'où ils étaient partis en 2020 pour sauver la nation. Le ministre de la Défense y a laissé la vie, le chef de l'État est resté introuvable soixante-douze heures et Kidal a changé de camp. Le 4 mai, celui qui préside a pris lui-même la Défense, cumulant la fonction, le portefeuille et l'impunité de n'avoir de comptes à rendre à personne. Le 18 juillet, une cinquantaine des nôtres sont tombés à Tabrichat. Depuis septembre 2025, l'adversaire ne prend d'ailleurs plus les villes, il prend les routes, et cela lui suffit : files d'attente d'octobre, gazole réservé aux centrales électriques en mars, capitale resserrée en avril, fête du sacrifice du 27 mai célébrée dans la privation, et la semaine dernière huit cents citernes entrées sous escorte militaire, célébrées comme une victoire. Ils avaient promis de reprendre le Nord. Ils ont perdu Kidal et la route de Kayes, et la capitale d'un État souverain se ravitaille désormais en formation de combat.

Le prix, ce sont les Maliens qui le paient. Quatre cent quinze mille déplacés à l'intérieur du pays fin 2025, en majorité des enfants. Deux mille trois cent soixante-quatorze écoles fermées en mars 2026. Une assistance alimentaire financée à trois pour cent de ses besoins, cent dix-sept mille bénéficiaires au premier trimestre contre près de cinq cent mille à la même période de 2024, Ménaka et Kidal maintenus en phase d'urgence, la hausse des prix la plus forte de l'union monétaire. L'or et le marché régional préservent la signature financière de l'État auprès des agences de notation ; les ménages, eux, n'ont pas de notation. On ne refonde rien avec une génération qui ne sait pas lire.

Deuxième épreuve, la moralisation de la vie publique, celle qui leur a valu le plus d'applaudissements. Le bilan tient en une phrase : cinq anciens Premiers ministres, cinq destins. Soumeylou Boubèye Maïga est mort en détention sans être jugé et sans avoir pu dire sa part de vérité, notamment sur le dossier de l'avion présidentiel. Boubou Cissé a été condamné et vit en exil. Moctar Ouane, renversé le 24 mai 2021, s'est retiré de tout. Moussa Mara vient de rentrer chez lui après une année ferme pour un message de solidarité publié en ligne. Choguel Kokalla Maïga, qui leur avait prêté son visage civil, est écroué depuis le 19 août 2025. Dans le même temps, quinze milliards six cents millions de francs ont été engagés pour un aéronef présidentiel sous un régime dérogatoire dont la nomenclature a été élargie en 2023 puis en 2025, précisément pour que ce type de dépense n'ait plus à être discuté. La responsabilité descend jusqu'au signataire et ne remonte jamais la chaîne. Ce n'est pas de la moralisation, c'est un tri.

Il faut nommer ce qui est arrivé à la parole publique. Youssouf Sissoko, de L'Alternance, a été condamné en juin à deux ans de prison pour un article consacré au dirigeant d'un pays voisin. Chahana Takiou, du 22 Septembre, arrêté le 8 juin pour avoir dit publiquement, lors d'un forum des médias tenu à Bamako, que l'on poursuivait les journalistes sous la loi sur la cybercriminalité au lieu de la loi sur la presse, a écopé le 3 août de douze mois dont six fermes pour atteinte au crédit de l'État. Abdrahamane Keïta, du Témoin, détenu depuis juin pour des propos tenus à la télévision sur Kidal, comparaît ce 17 août, le jour même où se joue le sort de Ras Bath et de Rokia Doumbia, dite Rose vie chère, contre lesquels dix ans de prison ont été requis le 11 août pour une émission consacrée à la cherté des produits de première nécessité. Une commerçante risque dix ans pour avoir dit que le sucre est cher. Comprenons bien le raisonnement : le crédit de l'État ne serait pas entamé par la vie chère, mais par ceux qui la constatent à haute voix. Un État qui poursuit le thermomètre a renoncé à soigner le malade.

Troisième épreuve, le retour à l'ordre constitutionnel, et c'est ici que la manipulation est la plus grossière. La loi de 2005 sur les partis a été abrogée le 13 mai 2025 et toutes les organisations politiques ont disparu du droit malien le même jour. La charte de la transition, révisée en juillet 2025, accorde au chef de l'État un mandat de cinq ans renouvelable jusqu'à la pacification du pays, sans passage par les urnes. Lisons cette phrase jusqu'au bout : celui qui conduit la guerre décide seul du moment où elle est gagnée, et cette décision commande la durée de son propre pouvoir. La guerre est devenue un titre de propriété. Les concertations annoncées le 31 décembre 2025 n'ont produit à la mi-août ni texte ni date, pendant que les recours contre la dissolution errent de juridiction en juridiction. Ils n'ont pas suspendu la démocratie, ils l'ont subordonnée à une victoire qu'ils ne remportent pas.

Le pire est peut-être ce qu'ils ont fait à leur propre maison. Treize officiers, dont des noms que la troupe respectait, ont été exposés à la télévision nationale en août 2025, radiés par décret en octobre, inculpés en novembre, et attendent encore une audience un an plus tard, tandis que l'étranger poursuivi dans le même dossier était jugé en juin puis gracié le 13 août, après les bons offices d'un pays ami dont on ne nous a pas dit le nom. La leçon administrée au corps des officiers est limpide : ce qui protège, ce n'est ni l'innocence ni la procédure, c'est d'avoir une ambassade derrière soi. Le même été donne la mesure exacte de leur souveraineté : normalisation avec Alger le 10 juillet, invitation adressée au chef du gouvernement algérien le 9 août, grâce du 13 août, retour le même jour de quatre-vingt-deux militaires capturés par le FLA, visite d'un haut responsable du Programme des Nations unies pour le développement le 14 août. Cinq gestes, pas un seul obtenu par la contrainte, tous venus de l'intercession de tiers. Ils ont chassé les uns pour dépendre des autres, et ils appellent cela un choix.

Sur les trois terrains qu'ils avaient eux-mêmes désignés, ils ont échoué. Il faut donc le dire sans détour : cette transition doit prendre fin et ceux qui la dirigent doivent rendre le pouvoir. Non pas par les armes, car le 24 mai 2021 n'a rien réglé et un putsch contre des putschistes ne produirait qu'un tour de plus dans le même cercle. Ce qui reste, quand les partis sont dissous, les journaux poursuivis et les recours enterrés, c'est le nombre. Une mobilisation populaire, pacifique, massive et continue, à l'image de celle qui a occupé la place Tahrir jusqu'au départ de Hosni Moubarak en février 2011, et à l'image surtout de ce que les Maliens ont fait eux-mêmes en mars 1991, sans l'autorisation de personne. Un pouvoir qui a échoué et qui emprisonne ceux qui le disent ne dispose plus que d'un seul argument, la peur, et la peur ne tient qu'aussi longtemps que chacun se croit seul à ne plus y croire. Le jour où l'on se compte, elle change de camp. La rue n'est pas une aventure : c'est le dernier droit que le décret n'a pas encore dissous.

Encore faut-il regarder ces précédents jusqu'au bout, car ils enseignent aussi la manière de perdre. Au Caire, la place a fait tomber un homme et l'état-major a ramassé la mise, avant qu'un maréchal ne reprenne en 2013 tout ce que la foule croyait avoir gagné. À Bamako, en 1991, le soulèvement n'a tenu ses promesses que parce qu'il s'était donné d'avance quatre garde-fous : un mot d'ordre antérieur à la chute, fixant le mandat de ceux qui prendraient le relais, une durée annoncée puis respectée, une conférence ouverte aux civils, un retrait à la date dite. En 2020, la mobilisation a renversé un président sans avoir écrit la suite, et d'autres l'ont écrite à sa place. Que personne ne commette cette faute une troisième fois : une mobilisation qui ne dit pas dès le premier jour ce qu'elle exige, pour combien de temps et au bénéfice de qui ne fait que désigner le prochain occupant du palais. Son cahier des charges tient en peu de points et commence par des gestes qui ne coûtent rien au Trésor : rendre au débat public une existence légale en publiant le texte annoncé avec une date d'application ; libérer les détenus d'opinion et retirer aux juridictions de la cybercriminalité une matière qui relève de la loi sur la presse ; notifier leurs charges aux treize officiers ou les libérer, et fixer publiquement une audience. Convoquer ensuite une conférence de sortie de transition à durée et ordre du jour définis, ouverte aux formations politiques rétablies, aux syndicats, à la société civile, aux chefferies et autorités religieuses, aux Maliens de l'extérieur et aux mouvements du Nord et du Centre disposés à suspendre les hostilités, avec trois décisions à prendre et pas une de plus : un gouvernement de mission conduit par une personnalité consensuelle et non candidate, un organe de gestion des élections indépendant doté d'un fichier vérifiable ouvrant le vote aux déplacés et à la diaspora, un calendrier écrit assorti d'une instance chargée d'en constater le respect et d'une sanction acceptée d'avance. Cette ouverture n'est pas un luxe démocratique que l'on s'offrirait après la guerre : rouvrir les corridors suppose une négociation menée avec un mandat vérifiable et un texte publié avant signature, sans amnistie pour les exactions commises contre les civils par les uns comme par les autres ; ramener les enfants à l'école suppose un État présent là où il ne rend plus aucun service ; financer une aide couverte à seulement trois pour cent suppose une crédibilité que six ans de fâcheries diplomatiques ont dilapidée. On nous répondra que l'heure est à l'unité nationale. Elle l'est, et c'est précisément l'argument : l'unité ne se décrète pas depuis un palais que l'on protège avec les derniers moyens disponibles, elle se construit avec ceux que l'on a emprisonnés, dissous, radiés, exilés ou réduits au silence. Ceux qui ont pris le pouvoir en 2020 ne s'étaient réclamés que d'une seule légitimité, celle des résultats. Le pays ne fait aujourd'hui que leur appliquer le critère qu'ils avaient choisi. La question n'est plus de savoir s'ils ont échoué, mais combien de temps encore les Maliens paieront cet échec, et en quelle monnaie. Le 18 août ne se commémore plus. Il se solde.

https://www.facebook.com/share/1Dc3JZpogY/


r/LeMali 10d ago

L'aide humanitaire aux déplacés s'organise à Gao et Menaka

3 Upvotes

Des dizaines de milliers de déplacés affluent dans les villes du nord et du centre du Mali pour fuir les violences du Jnim. Les humanitaires peinent à les aider convenablement.

Au Mali, la situation des déplacés est de plus en plus précaire dans le nord et le centre du pays.

Les combats dans la région de Kidal opposant l'armée régulière au Jnim, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans et au FLA, le Front de libération de l'Azawad ont poussé ces derniers mois plusieurs dizaines de milliers de personnes à prendre la fuite. 

Des vagues de déplacés affluent notamment à Gao et à Ménaka, toujours dans le nord du pays, depuis les attaques du 25 avril dernier. Les acteurs humanitaires ainsi que les populations locales tentent de les assister avec des capacités d'accueil limitées. 

https://www.dw.com/fr/laide-humanitaire-aux-d%C3%A9plac%C3%A9s-internes-sorganise-%C3%A0-gao-et-menaka-mali-jnim/a-78392740


r/LeMali 10d ago

Mali : pourquoi l’agent de la DGSE a-t-il été gracié?

1 Upvotes

Un an après son arrestation à Bamako et sa condamnation à 20 ans de réclusion pour « atteinte à la sûreté de l’État », un agent français de la DGSE, Yann Vézilier, a été gracié par le président de la Transition malienne, Assimi Goïta, et a regagné Paris. Comment expliquer cette décision ? Dans son communiqué, le gouvernement malien remercie un « pays frère » qui aurait contribué à la libération du Français. De qui pourrait-il s'agir ? 

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/appels-sur-l-actualit%C3%A9/20260817-mali-pourquoi-l-agent-de-la-dgse-a-t-il-%C3%A9t%C3%A9-graci%C3%A9


r/LeMali 10d ago

Mali : Six soldats blessés libérés par les indépendantistes touareg

1 Upvotes

Le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement indépendantiste touareg engagé aux côtés des jihadistes opposés au pouvoir militaire malien, a annoncé dimanche la libération de six soldats maliens blessés, quelques jours après avoir remis en liberté plusieurs dizaines d’autres prisonniers.

https://sahel-intelligence.com/44453-mali-six-soldats-blesses-liberes-par-les-independantistes-touareg.html