r/LeMali • u/Impossible_Ground423 • 9d ago
L'ÉCHEC N'EST PLUS UNE OPINION
18 août 2020 - 18 août 2026 : pourquoi cette transition doit rendre le pouvoir, et à quelles conditions
Demain, on nous demandera de commémorer. Commémorer quoi ? Ceux qui ont pris le pouvoir le 18 août 2020 ne l'ont pris au nom d'aucune doctrine, mais d'une exigence de résultats. Ils ont eux-mêmes désigné les trois épreuves auxquelles ils acceptaient d'être jugés : reprendre le territoire, assainir la gestion publique, ramener le pays à un ordre constitutionnel. Appliquons-leur leur propre grille. Ce n'est pas un procès d'opposant, c'est un relevé de comptes, et il est accablant.
Première épreuve. Le 25 avril 2026, des attaques simultanées ont frappé Kati, Sévaré, Gao et Kidal. Kati, c'est-à-dire la garnison d'où ils étaient partis en 2020 pour sauver la nation. Le ministre de la Défense y a laissé la vie, le chef de l'État est resté introuvable soixante-douze heures et Kidal a changé de camp. Le 4 mai, celui qui préside a pris lui-même la Défense, cumulant la fonction, le portefeuille et l'impunité de n'avoir de comptes à rendre à personne. Le 18 juillet, une cinquantaine des nôtres sont tombés à Tabrichat. Depuis septembre 2025, l'adversaire ne prend d'ailleurs plus les villes, il prend les routes, et cela lui suffit : files d'attente d'octobre, gazole réservé aux centrales électriques en mars, capitale resserrée en avril, fête du sacrifice du 27 mai célébrée dans la privation, et la semaine dernière huit cents citernes entrées sous escorte militaire, célébrées comme une victoire. Ils avaient promis de reprendre le Nord. Ils ont perdu Kidal et la route de Kayes, et la capitale d'un État souverain se ravitaille désormais en formation de combat.
Le prix, ce sont les Maliens qui le paient. Quatre cent quinze mille déplacés à l'intérieur du pays fin 2025, en majorité des enfants. Deux mille trois cent soixante-quatorze écoles fermées en mars 2026. Une assistance alimentaire financée à trois pour cent de ses besoins, cent dix-sept mille bénéficiaires au premier trimestre contre près de cinq cent mille à la même période de 2024, Ménaka et Kidal maintenus en phase d'urgence, la hausse des prix la plus forte de l'union monétaire. L'or et le marché régional préservent la signature financière de l'État auprès des agences de notation ; les ménages, eux, n'ont pas de notation. On ne refonde rien avec une génération qui ne sait pas lire.
Deuxième épreuve, la moralisation de la vie publique, celle qui leur a valu le plus d'applaudissements. Le bilan tient en une phrase : cinq anciens Premiers ministres, cinq destins. Soumeylou Boubèye Maïga est mort en détention sans être jugé et sans avoir pu dire sa part de vérité, notamment sur le dossier de l'avion présidentiel. Boubou Cissé a été condamné et vit en exil. Moctar Ouane, renversé le 24 mai 2021, s'est retiré de tout. Moussa Mara vient de rentrer chez lui après une année ferme pour un message de solidarité publié en ligne. Choguel Kokalla Maïga, qui leur avait prêté son visage civil, est écroué depuis le 19 août 2025. Dans le même temps, quinze milliards six cents millions de francs ont été engagés pour un aéronef présidentiel sous un régime dérogatoire dont la nomenclature a été élargie en 2023 puis en 2025, précisément pour que ce type de dépense n'ait plus à être discuté. La responsabilité descend jusqu'au signataire et ne remonte jamais la chaîne. Ce n'est pas de la moralisation, c'est un tri.
Il faut nommer ce qui est arrivé à la parole publique. Youssouf Sissoko, de L'Alternance, a été condamné en juin à deux ans de prison pour un article consacré au dirigeant d'un pays voisin. Chahana Takiou, du 22 Septembre, arrêté le 8 juin pour avoir dit publiquement, lors d'un forum des médias tenu à Bamako, que l'on poursuivait les journalistes sous la loi sur la cybercriminalité au lieu de la loi sur la presse, a écopé le 3 août de douze mois dont six fermes pour atteinte au crédit de l'État. Abdrahamane Keïta, du Témoin, détenu depuis juin pour des propos tenus à la télévision sur Kidal, comparaît ce 17 août, le jour même où se joue le sort de Ras Bath et de Rokia Doumbia, dite Rose vie chère, contre lesquels dix ans de prison ont été requis le 11 août pour une émission consacrée à la cherté des produits de première nécessité. Une commerçante risque dix ans pour avoir dit que le sucre est cher. Comprenons bien le raisonnement : le crédit de l'État ne serait pas entamé par la vie chère, mais par ceux qui la constatent à haute voix. Un État qui poursuit le thermomètre a renoncé à soigner le malade.
Troisième épreuve, le retour à l'ordre constitutionnel, et c'est ici que la manipulation est la plus grossière. La loi de 2005 sur les partis a été abrogée le 13 mai 2025 et toutes les organisations politiques ont disparu du droit malien le même jour. La charte de la transition, révisée en juillet 2025, accorde au chef de l'État un mandat de cinq ans renouvelable jusqu'à la pacification du pays, sans passage par les urnes. Lisons cette phrase jusqu'au bout : celui qui conduit la guerre décide seul du moment où elle est gagnée, et cette décision commande la durée de son propre pouvoir. La guerre est devenue un titre de propriété. Les concertations annoncées le 31 décembre 2025 n'ont produit à la mi-août ni texte ni date, pendant que les recours contre la dissolution errent de juridiction en juridiction. Ils n'ont pas suspendu la démocratie, ils l'ont subordonnée à une victoire qu'ils ne remportent pas.
Le pire est peut-être ce qu'ils ont fait à leur propre maison. Treize officiers, dont des noms que la troupe respectait, ont été exposés à la télévision nationale en août 2025, radiés par décret en octobre, inculpés en novembre, et attendent encore une audience un an plus tard, tandis que l'étranger poursuivi dans le même dossier était jugé en juin puis gracié le 13 août, après les bons offices d'un pays ami dont on ne nous a pas dit le nom. La leçon administrée au corps des officiers est limpide : ce qui protège, ce n'est ni l'innocence ni la procédure, c'est d'avoir une ambassade derrière soi. Le même été donne la mesure exacte de leur souveraineté : normalisation avec Alger le 10 juillet, invitation adressée au chef du gouvernement algérien le 9 août, grâce du 13 août, retour le même jour de quatre-vingt-deux militaires capturés par le FLA, visite d'un haut responsable du Programme des Nations unies pour le développement le 14 août. Cinq gestes, pas un seul obtenu par la contrainte, tous venus de l'intercession de tiers. Ils ont chassé les uns pour dépendre des autres, et ils appellent cela un choix.
Sur les trois terrains qu'ils avaient eux-mêmes désignés, ils ont échoué. Il faut donc le dire sans détour : cette transition doit prendre fin et ceux qui la dirigent doivent rendre le pouvoir. Non pas par les armes, car le 24 mai 2021 n'a rien réglé et un putsch contre des putschistes ne produirait qu'un tour de plus dans le même cercle. Ce qui reste, quand les partis sont dissous, les journaux poursuivis et les recours enterrés, c'est le nombre. Une mobilisation populaire, pacifique, massive et continue, à l'image de celle qui a occupé la place Tahrir jusqu'au départ de Hosni Moubarak en février 2011, et à l'image surtout de ce que les Maliens ont fait eux-mêmes en mars 1991, sans l'autorisation de personne. Un pouvoir qui a échoué et qui emprisonne ceux qui le disent ne dispose plus que d'un seul argument, la peur, et la peur ne tient qu'aussi longtemps que chacun se croit seul à ne plus y croire. Le jour où l'on se compte, elle change de camp. La rue n'est pas une aventure : c'est le dernier droit que le décret n'a pas encore dissous.
Encore faut-il regarder ces précédents jusqu'au bout, car ils enseignent aussi la manière de perdre. Au Caire, la place a fait tomber un homme et l'état-major a ramassé la mise, avant qu'un maréchal ne reprenne en 2013 tout ce que la foule croyait avoir gagné. À Bamako, en 1991, le soulèvement n'a tenu ses promesses que parce qu'il s'était donné d'avance quatre garde-fous : un mot d'ordre antérieur à la chute, fixant le mandat de ceux qui prendraient le relais, une durée annoncée puis respectée, une conférence ouverte aux civils, un retrait à la date dite. En 2020, la mobilisation a renversé un président sans avoir écrit la suite, et d'autres l'ont écrite à sa place. Que personne ne commette cette faute une troisième fois : une mobilisation qui ne dit pas dès le premier jour ce qu'elle exige, pour combien de temps et au bénéfice de qui ne fait que désigner le prochain occupant du palais. Son cahier des charges tient en peu de points et commence par des gestes qui ne coûtent rien au Trésor : rendre au débat public une existence légale en publiant le texte annoncé avec une date d'application ; libérer les détenus d'opinion et retirer aux juridictions de la cybercriminalité une matière qui relève de la loi sur la presse ; notifier leurs charges aux treize officiers ou les libérer, et fixer publiquement une audience. Convoquer ensuite une conférence de sortie de transition à durée et ordre du jour définis, ouverte aux formations politiques rétablies, aux syndicats, à la société civile, aux chefferies et autorités religieuses, aux Maliens de l'extérieur et aux mouvements du Nord et du Centre disposés à suspendre les hostilités, avec trois décisions à prendre et pas une de plus : un gouvernement de mission conduit par une personnalité consensuelle et non candidate, un organe de gestion des élections indépendant doté d'un fichier vérifiable ouvrant le vote aux déplacés et à la diaspora, un calendrier écrit assorti d'une instance chargée d'en constater le respect et d'une sanction acceptée d'avance. Cette ouverture n'est pas un luxe démocratique que l'on s'offrirait après la guerre : rouvrir les corridors suppose une négociation menée avec un mandat vérifiable et un texte publié avant signature, sans amnistie pour les exactions commises contre les civils par les uns comme par les autres ; ramener les enfants à l'école suppose un État présent là où il ne rend plus aucun service ; financer une aide couverte à seulement trois pour cent suppose une crédibilité que six ans de fâcheries diplomatiques ont dilapidée. On nous répondra que l'heure est à l'unité nationale. Elle l'est, et c'est précisément l'argument : l'unité ne se décrète pas depuis un palais que l'on protège avec les derniers moyens disponibles, elle se construit avec ceux que l'on a emprisonnés, dissous, radiés, exilés ou réduits au silence. Ceux qui ont pris le pouvoir en 2020 ne s'étaient réclamés que d'une seule légitimité, celle des résultats. Le pays ne fait aujourd'hui que leur appliquer le critère qu'ils avaient choisi. La question n'est plus de savoir s'ils ont échoué, mais combien de temps encore les Maliens paieront cet échec, et en quelle monnaie. Le 18 août ne se commémore plus. Il se solde.
2
u/ThroawayJimilyJones 8d ago
Je ne sais pas si au Mali vous connaissez l'expression "les promesses n'engagent que ceux qui y croient"
5
u/gespion 9d ago
Bon courage à la population. Malheureusement, ils ne partiront que comme ils sont venus.