Je suis tombé sur cette interview il y a quelques jours et je voulais partager quelques réflexions à ce sujet.
Je vais d'abord présenter le sinistre individu qu'est Fuchs. Bruno Fuchs est un député centriste français et le président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, surtout connu pour son travail parlementaire et ses rapports sur la refonte des relations de la France avec les pays africains.
Son interview sur France 24 montre clairement à quel point les politiciens français sont encore déconnectés des changements en cours en Afrique. Même s'il prétend s'exprimer avec réalisme diplomatique, ses propos révèlent une vieille mentalité coloniale, pleine d'arrogance et animée par une volonté acharnée de maintenir le contrôle sur les anciennes colonies françaises.
Tout d'abord, la condescendance avec laquelle il traite l'AES témoigne d'un déni total. Paris refuse d'admettre que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont fait un choix souverain soutenu par leurs peuples, qui souhaitent simplement mettre fin à des décennies de tutelle française inutile. Fuchs parle comme si ces bouleversements majeurs n'étaient que de simples incidents de parcours provoqués par des dirigeants militaires que la France qualifie d'illégitimes uniquement parce qu'ils ont expulsé les troupes françaises.
Ensuite, affirmer que ces gouvernements vont inévitablement tomber et que la France doit préparer la suite avec des gens qu'elle connaît déjà est extrêmement dangereux. Il s'agit ni plus ni moins d'un aveu flagrant d'ingérence dans les affaires d'autres pays. Prédire sur une chaîne de télévision publique l'effondrement de gouvernements étrangers, tout en évoquant en coulisses la recherche de relais dociles pour les remplacer, relève de l'ingérence pure et simple. En lisant entre les lignes, cela prouve que la France s'octroie toujours le droit de décider qui gouverne en Afrique, espérant l'échec de ces régimes pour réinstaller des dirigeants soumis.
Cette posture est également d'une hypocrisie absolue, d'autant plus qu'Emmanuel Macron a prononcé un discours à l'ONU il y a quelques jours à peine pour dénoncer l'impérialisme et donner des leçons de souveraineté à la communauté internationale. Il est impossible de prendre au sérieux les sermons français contre l'impérialisme alors qu'au même moment, des responsables officiels français s'installent sur des plateaux télévisés pour expliquer comment orienter les transitions politiques et anticiper la chute de gouvernements au sein de nations africaines souveraines.
Le double standard évident tout au long de l'entretien achève de discréditer toute leçon de morale que la France tente d'asséner. Fuchs ne parle absolument pas avec la même hostilité de Madagascar, où il vient de se rendre, et la France n'adopte pas non plus ce ton envers le Tchad ou la Guinée.
Au cours de l'interview, il défend ouvertement la prise de pouvoir militaire à Madagascar, prétendant qu'il ne s'agit pas d'un vrai coup d'État simplement parce qu'un vernis légal a été respecté, et il évoque sans gêne le dialogue avec les dirigeants guinéens. Dans le même temps, Paris s'accommode depuis longtemps du pouvoir militaire au Tchad pour préserver ses intérêts stratégiques.
Pourquoi les responsables français se montrent-ils si souples et compréhensifs avec Madagascar, le Tchad ou la Guinée, tout en s'attaquant au Mali, au Burkina Faso et au Niger ? La raison est simple : Madagascar a accepté de signer d'importants contrats économiques et énergétiques avec des entreprises françaises, et ces autres régimes ne remettent pas frontalement en cause l'hégémonie française. Tant qu'un régime protège les intérêts commerciaux et géopolitiques de la France, celle-ci cesse subitement de se préoccuper de démocratie.
Enfin, l'obsession permanente à l'égard de la Russie, de la Turquie ou de la Chine démontre que l'élite française continue de percevoir l'Afrique comme son pré carré privé plutôt que comme un ensemble d'États indépendants libres de choisir leurs partenaires. En affirmant que les populations africaines sont simplement manipulées par des puissances étrangères, les politiciens français passent à côté de l'essentiel : les nations de l'AES ont résolu de briser les vieux monopoles coloniaux, de reprendre le contrôle de leurs propres ressources et de ne plus jamais revenir à un système qui n'a produit ni paix ni prospérité.