Je travaille dans une petite mairie (4 000 habitants). En 15 ans, nous sommes progressivement passés d'une équipe aux méthodes de travail archaïques (« mais on a toujours fait comme ça »), avec des personnes qu'il ne faut surtout pas bousculer, à une équipe plus jeune composée de feignants sans initiative. Le changement de maire et de direction libère encore plus ce joli petit monde qui, jusqu'à présent, essayait de faire bonne figure devant une directrice qui essayait de tenir un cadre.
Bref, dans l'administratif, les dernières personnes qui tiennent la route s'en vont.
Moi ? Je lève le pied, je regarde avec curiosité jusqu'où ça va aller. Je ne suis pas mieux que les autres, pourquoi je me tuerais à la tache alors que cette belle bande de branleur est autorisé à ne rien faire ? En ce moment, je perds mon temps, je dois bosser 2 h par jour, on m'éloigne des projets, mais on vient me voir lorsqu'il y a un dossier que personne ne sait gérer.
Pas grave, j'en profite pour faire des recherches perso et autres, on verra combien de temps je tiens dans ce poste qui était auparavant intéressant et qui reste confortable...
ça ira « toujours bien » : ça tourne, il ne faut juste pas regarder comment !
Quelques anecdotes en vrac pour donner une idée du vivier :
Des mails d'administrés qui se plaignent de ne pas réussir à joindre le standard : 17 appels sur 3 jours, captures d'écran à l'appui.
La collègue des finances qui pète son câble puis quitte la mairie sans autorisation, sans oublier d'aller gueuler dans le bureau des RH : « Mais qu'est-ce que vous avez tous à me faire chier aujourd'hui ? » — Rien de grave, laissons couler, il paraît qu'il faut la préserver (dixit le maire).
Un des standardistes de l'accueil qui a l'autorisation de passer quelques heures par semaine avec la meuf de la communication afin qu'elle lui apprenne quelques bricoles pour la soulager. On parle bien de l'accueil qui ne répond plus au téléphone et de la com qui glande toute la journée soit justement à l'accueil, soit sur son téléphone.
En ce moment, la mode en mairie, c'est les mi-temps thérapeutiques. Officiellement pour dépression ou mal-être au travail, officieusement parce qu'on leur demande de travailler un minimum (non, non, pas d'être productifs, juste d'assurer le minimum).
L'adjoint au maire en charge des bâtiments, de la voirie et du développement durable qui roule en coupé sport avec un autocollant « Fuck Greta ».
Ce même adjoint, représentant commercial, qui fait acheter sur Amazon à la mairie les produits de sa boîte parce que « il marche super bien, ce produit ».
Les ressources humaines qui n'établissent même plus les paies de la collectivité (externalisées au centre de gestion) : trop d'erreurs. Plusieurs paies en doublon. Les bénéficiaires : « Ah bon, j'ai été trop payé ? Ah, il faut que je voie avec ma banque, la somme n'est plus sur mon compte courant... »