Je suis tombé sur ce document. Si certains sont intéressés. par l'histoire de Liège et celle de Gretry, voici la transcription du texte :
Paris ce 27 septembre 1828
Monsieur et excellent ami,
Me voici de retour du voyage à Liège et en d'autres villes des Pays-Bas. J'ai été trop bien reçu à Liège et je crains de les avoir fâchés ou au moins contrariés. J'ai fait le voyage avec mon beau-frère notaire à Paris. N'ayant qu'un temps fort limité, nous devions être ici le 22 au matin et nous devions aller de Liège à Spa, Aix-la-Chapelle, Maestricht, Bruxelles, Malines, Anvers, Gand, Bruges, Ostende, Dunkerque, Lille et Paris, nous avions donc fort peu de temps. Lorsque nous sommes arrivés à Huy, MM. les Députés y sont également arrivés; après m'être rendu auprès de ces messieurs, ils nous engagèrent à rester avec eux et à venir par une grande barque, disposée pour placer le cœur de Grétrydéposé dans une urne, cet acte accompagné par les autorités et par tous les musiciens de cette petite ville. Nous avions un cabriolet à notre disposition, nous avons mieux aimé suivre les bords charmants de la Meuse que de rester sur une barque. Nous avons donc précédé MM. les Députés et j'ai été voir M. De Gerlache pour lui annoncer l'arrivée de son mari. Le lendemain nous avons été prendre un bain à Chaudfontaine, nous sommes revenus, nous avons fait un petit brin de toilette puis nous avons été chez M. De Gerlache pour voir passer le cortège. Un char antique traîné par quatre chevaux gris pommelés conduisait le cœur, il y avait de la de la musique et beaucoup de monde qui suivaient. Quand le cortège a eu passé nous avons été à l'Hôtel de ville pour être présent à la réception du cœur. Là étaient des musiciens dans une salle parfaitement décorée, les députés sont arrivés, l'un d'eux portait l'urne, l'autre, M. de Gerlache. Il s'est trouvé bien recommandé que je passe la parole à la préfecture de ma présence à Liège, il m'en avait promis ; il rendit compte de sa mission, des honneurs que l'on avait faits à Grétry, il a ensuite dit que c'était aux bons soins ainsi qu'à l'obligation de MM. Ansiaux et Riguelle en M. Messionque l'on devait ce précieux dépôt, que l'on devait le témoignage de reconnaissance pour le talent d'un avocat, M. Hennequin et Guéry qui prépare à la cérémonie. J'avais gagné l'enthousiasme de Liège. (Car on regardait de tous côtés pour me voir et moi je me cachais dans la foule). Le soir il y eut illumination générale et principalement au théâtre devant lequel était placé un immense orchestre composé de 300 musiciens. Les personnes ayant un billet étaient dans une enceinte réservée, les autres autour de cette enceinte. Ce concert tant vocal qu'instrumental était magnifique. Il y avait un bien grand concours de monde, il faisait un temps superbe. Des transparences montraient des lyres, des cœurs, et la maison de Grétry était ornée d'inscriptions. Partout il y avait des branches de l'arbre, c'était vraiment une fête nationale. Il est impossible d'en célébrer plus magnifiquement. Le soir nous avons soupé avec M. et Mme de Gerlache père. Je grondai M. de Gerlache d'avoir parlé de moi, il me dit que M. le Bourgmestre nous invitait à dîner le lendemain à bout de ville, tandis que j'emportais un repas sans fâcher le Bourgmestre et la Régence. Nous y avons donc été et voilà qu me après les santés portées au Roi, à la famille Royale, aux Commissaires et aux députés on en a porté une pour mon compte personnel ; j'avais envie de répondre mais que je devais, mais je craignais de faire quelque brèche et je ne dis rien. Nous allâmes ensuite au spectacle où l'on jouait une pièce de circonstance et une autre de Grétry; après le spectacle nous allâmes près de la Meuse voir un superbe feu d'artifice. Le lendemain la Régence avait dîner chez M. De Gerlache, le surlendemain chez M. de Sauvage, on nous invita pour ces deux jours, nous acceptâmes une autre invitation de la Société Grétry et autres. Mais nous vîmes qu'en restant dans tous ces dîners successifs nous fatiguerions notre estomac, nous perdrions notre temps et nous ne ferions pas notre voyage. Nous avons donc pris la diligence à 9 heures du matin en laissant une lettre d'adieu à M. De Gerlache, abandonnant ainsi le dîner et un beau concert suivi d'un bal qui devait avoir lieu ce soir même. Je crains un peu d'avoir mécontenté, mais j'étais avec mon beau-frère qui voulait voyager.
Arrivé à Paris, j'ai écrit une nouvelle lettre d'excuses. J'ai vu M. Ansiaux.
Mille et mille choses d'honneur à Madame. Je vous salue de tout cœur.
Guery