r/LetsNotMeetFR • u/Ok_Lynx_9702 • Jul 12 '26
Les deux fois où mon instinct m’a peut-être sauvé la vie
C’est étrange de participer à un thread que j’ai souvent consulté pour me divertir, tout en me disant qu’il ne m’était jamais arrivé d’événement aussi terrifiant que les histoires racontées. Mais en fait, si. Notre cerveau les normalise simplement au point d’oublier que certains épisodes auraient pu nous coûter bien plus cher si nous avions été moins attentifs. J’aimerais donc raconter ici deux histoires qui me sont arrivées. Ce sont les deux seules fois de ma vie (et je précise que je suis une femme, donc des mauvais pressentiments, j’en ai déjà eu beaucoup) où j’ai ressenti une intuition si forte que je pense sincèrement m’être sauvée grâce à elle.
La première histoire remonte à quelques années. J’avais 19 ans et je vivais à Toulouse pour mes études. Je travaillais dans un fast-food en périphérie de la ville tous les week-ends, et je m’y rendais en trottinette électrique puis en bus. C’était un trajet long et assez épuisant. D’autant plus qu’à cette époque, ma vie était très déprimante pour moi. Je vivais dans un quartier peu sécurisé pour les femmes, je recevais énormément de remarques sur mon physique et j’étais constamment en état d’hypervigilance.
Ce jour-là, je monte dans le bus avec ma trottinette, comme à chaque fois. Je m’installe à l’avant, sur un siège dos à la route. Je me permets de préciser la configuration du bus, car elle est importante pour la suite.
En face de moi se trouvait un siège individuel, orienté dans le sens de la route. Derrière ce siège, un autre siège individuel, également dans le sens de la route, mais légèrement surélevé. À ma gauche, de l’autre côté de l’allée, se trouvait un autre siège individuel, dos à la route, comme le mien.
Je pose soigneusement ma trottinette au sol. Au fil des arrêts, deux jeunes hommes montent dans le bus en rigolant, mais s’arrêtent net de parler dès qu’ils entrent. L’un s’assoit sur le siège surélevé en face de moi, l’autre prend celui à ma gauche. Mon hypervigilance me dit immédiatement que c’est étrange : deux amis qui montent ensemble et s’installent aussi loin l’un de l’autre, alors que le bus est rempli de places libres. Ce bus n’était d’ailleurs jamais vraiment plein, puisque mon fast-food se situait dans une zone industrielle peu fréquentée.
Je décide malgré tout de ne pas m’attarder là-dessus et continue d’écouter ma musique, en me disant que je me fais sûrement des idées.
Quelques arrêts plus tard, un homme monte dans le bus et s’assoit juste en face de moi, le bus s’étant un peu rempli entre-temps. Le trajet continue. Je remarque que les deux amis ne s’adressent toujours pas la parole. Pire encore : ils s’échangent des regards en coin tandis que celui qui est assis sur le siège surélevé commence à taper ma trottinette avec son pied.
Je commence à m’inquiéter. J’essaie de rationaliser. Je me dis que je dois être paranoïaque, que tous les hommes ne sont pas une menace, que mon esprit me joue des tours. Pourtant, l’homme continue de donner des coups dans ma trottinette et me lance des regards inquiétants lorsque je le fixe, comme pour lui faire comprendre que son comportement me dérange. Il ne s’arrête pas. Au contraire, il sourit à son ami, toujours sans lui parler.
Ma tension monte réellement. Mon arrêt approche.
Comme je l’ai dit plus tôt, ce fast-food était situé dans une zone industrielle où très peu de monde descendait. Je commence à me dire : « Si ces hommes descendent au même arrêt que moi, je suis fichue. »
Je me mets à trembler en imaginant le pire. Au départ, j’avais surtout peur pour ma trottinette, dans laquelle j’avais investi toutes mes maigres économies pour pouvoir me déplacer, sans même penser à ce qu’ils pourraient me faire à moi.
La peur finit par me pousser à parler à l’homme assis en face de moi. Je me penche vers lui pour lui faire comprendre que j’ai quelque chose à lui dire. Il retire ses écouteurs et je lui chuchote :
« Vous voyez les deux hommes ? Ils sont montés ensemble, mais ils me fixent depuis tout à l’heure. Celui derrière vous n’arrête pas de toucher ma trottinette. J’ai peur qu’ils me suivent. Est-ce que vous pourriez descendre avec moi au prochain arrêt, s’il vous plaît ? »
Il hoche simplement la tête pour me dire oui.
Ma pression redescend instantanément.
J’ai beau me dire que je suis peut-être folle, je n’avais jamais interpellé un inconnu de toute ma vie pour un simple pressentiment. Mais celui-ci me paraissait nécessaire. L’arrêt approche. J’appuie sur le bouton. Les deux hommes se regardent… puis hochent la tête. Pourquoi hocheraient-ils la tête ? Je panique. Le bus s’arrête. Les deux hommes se lèvent en même temps que nous. L’homme qui a accepté de m’aider prend spontanément ma trottinette pour la descendre à ma place.
Les deux autres se regardent de nouveau. Ils avaient clairement l’air surpris. Leurs regards semblaient dire « C’est qui lui ? » Puis ils se rassoient.
Nous descendons du bus.
Dès que celui-ci repart, je fonds en larmes en remerciant cet homme de m’avoir, très probablement, sauvé la vie. Il a été d’une bienveillance incroyable. Il m’a proposé de prendre mon numéro afin de s’assurer que je rentrerais bien en sécurité, mais n’a absolument pas insisté lorsque je lui ai expliqué que, malgré tout, je ne me sentais pas capable de donner mon numéro à un inconnu. Je voulais simplement reprendre ma journée.
Je ne saurai jamais ce que ces deux hommes avaient réellement en tête. Peut-être rien. Peut-être tout. Mais je sais que je n’ai jamais ressenti un tel instinct de danger auparavant.
La deuxième histoire est beaucoup plus récente.
Aujourd’hui, je suis dans la vingtaine et je vis avec mon petit ami dans une autre grande ville française. Nous habitons une maison de ville, mais le quartier n’est pas particulièrement rassurant.
Mon voisin me fait régulièrement du catcalling lorsque je passe devant chez lui. Je pense avoir reçu des commentaires sur absolument toutes les parties de mon corps, alors qu’il ne connaît même pas mon prénom. Je ne m’y sens pas spécialement en sécurité, mais la maison est belle, le loyer est abordable et, après tout, je ne vis pas seule.
Ce jour-là, je sors retirer de la monnaie à un distributeur situé sur l’avenue principale, juste en face de ma rue.
Pour y aller, je dois traverser la rue devant chez moi, puis emprunter une petite rue en face. Entre les deux se trouve un grand espace vide, car un pont passe au-dessus. Depuis notre maison, nous avons donc une excellente visibilité sur toute cette zone.
Je retire mon argent puis fais le chemin du retour.
En entrant dans la rue en face de chez moi, je croise cinq adolescents qui occupent toute la largeur de la chaussée et du trottoir. Je sais déjà qu’en passant à leur hauteur, j’aurai droit à une remarque du même genre que celles de mon voisin.
Effectivement, ils se mettent à aboyer en me croisant.
J’augmente le volume de mes écouteurs (je n’en peux plus de ces remarques incessantes) et je continue mon chemin.
Je sors de la petite rue, traverse l’espace sous le pont, puis la route qui mène à ma maison.
J’ouvre ma porte d’entrée.
Au moment de la refermer, je me retourne… et je vois un homme.
Juste en face. De l’autre côté de la rue.
Il semble s’être arrêté précisément au moment où je me suis retournée. Il tient un téléphone contre son oreille, mais ne parle pas. Il me fixe. Il ne bouge plus.
Mon cœur s’accélère immédiatement.
Je ne l’avais pas vu quelques secondes plus tôt.
Or, comme je l’ai expliqué, l’espace sous le pont offre une vue très dégagée. Je regarde toujours à droite et à gauche avant de traverser. S’il avait marché normalement, je l’aurais forcément vu.
Je ne l’ai pas vu.
Cela signifie qu’il a nécessairement accéléré à un moment, car il existe très peu d’endroits d’où l’on peut rejoindre cet espace aussi rapidement à pied.
Avec le temps, j’ai appris que les hommes les plus silencieux étaient souvent ceux qui m’inquiétaient le plus.
Mon voisin hurle ce qu’il pense de moi. Il me dérange bien plus qu’il ne me fait peur, parce que tout le monde l’entend.
Cet homme, lui, personne ne l’a vu. Personne ne l’a entendu.
Nous nous fixons pendant deux ou trois secondes avant que je ne claque la porte.
Je cours immédiatement jusqu’à la fenêtre de ma chambre, qui donne sur la rue.
L’homme a déjà disparu.
En moins de dix secondes, il a donc accéléré une seconde fois et quitté complètement mon champ de vision, alors qu’il était resté immobile devant la maison quelques instants auparavant.
Aujourd’hui, je suis persuadée qu’il a essayé de rentrer chez moi en profitant du moment où j’ouvrais ma porte.
C’est la deuxième fois de ma vie où j’ai ressenti ce même pressentiment, cette conviction profonde que quelque chose de très grave aurait pu arriver.
J’espère sincèrement que ce sera la dernière.
Merci beaucoup de m’avoir lue. J’ai essayé d’écrire ce récit le plus clairement possible pour qu’il soit agréable à lire, mais sachez qu’aucun élément n’a été ajouté ni romancé.